Mardi 13 Octobre 2009
Le Sens de la Vie
Je devais avoir moins de dix ans au moment où commence ce joyeux moment de vie que je partage avec vous principalement parce que tout a déjà été écrit sur la rentrée scolaire, la rentrée littéraire, la rentrée de la grippe A, la rentrée des vésicules biliaire de la classe moyenne, et la rentrée des nouvelles innovations technologique à destination des experts-comptables qui savent nager en mer communiste.
C’était une époque bénie où les filles étaient de véritables curiosités et faisaient l’objet de nombreuses études rigoureusement scientifiques dont les méthodes n’étaient pas sans rappeler les heures de gloire de la recherche espagnole au Moyen-Age. C’était un temps fort, lourd, où nous compensions la tyrannique interdiction d’accès au droit de vote, sous prétexte qu’il était matériellement impossible de conduire les Spice Girls ou le Power Ranger bleu au pouvoir, par des gestes forts, calculés, convaincus, engagés et parfois risqués, comme changer de céréales préférées, regarder les dessins animés sur Canal+ l’après-midi plutôt que sur TF1, ou s’habiller mal par soi-même plutôt que s’habiller mal grâce à sa mère.
La vie n’était pas plus belle qu’aujourd’hui, mais c’est tellement cool de dire que si !
C’était un bel après-midi de samedi matin, j’avais piano. Dur. En bon petit con que j’étais (les enfants sont TOUS des petits cons, sinon ils ne chercheraient pas à déranger les honnêtes gens pour savoir d’où vient le gaz, comment on fait les bébés et pourquoi il y a la guerre), j’avais décidé qu’il y aurait prescription pour cette fois, en partie parce que je n’avais rien fichu de la semaine, en partie parce que ça ne devait pas faire très longtemps que j’avais reçu Le Retour du Jedi sur Game Boy. Il s’avéra que mon taxi, en la présence de ma figure paternelle, entendit mes doléances mais n’y donna guère suite. Je fis appel, il surenchérit, je tapai du pied, il éleva la voix, je m’accrochai à la moquette, il me prit de force, j’énonçai mes droits, il m’en colla une et me porta dans la voiture avant de démarrer vers l’Enfer Sur Terre.
Note à tout employeur éventuel qui serait arrivé jusqu’ici (bien joué ! vous avez gagné une figurine collector du grand lama des Andes, reconstitué avec tous ses organes au 1/20e !) : Aujourd’hui, je ne pleure plus, je ne m’accroche plus à la moquette, sauf si on me paye pour. Je suis agréable à vivre, et j’aime mettre une touche de bonne humeur à mon travail. Curieux, je voue un intérêt tout particulier à cultiver la surprise de l’instant présent. Je prends soin d’évaluer chaque opportunité avec le meilleur discernement possible, ce qui me permet d’agir au quotidien dans un bon équilibre entre mouvement et stabilité. J’ai tiré une grande expérience de mes anciennes erreurs. Par exemple, je ne m’habille plus en orange depuis novembre 2001.
J’étais donc dans la voiture, en larmes et faisant sérieusement la tronche à l’idée d’avoir été kidnappé de force pour aller à un cours dont les perspectives m’avaient l’air aussi floues que celles du cours de dessin. Le regard inondé et assombri par la rancœur avait figé mon visage. Mes pas vers le fragile préfabriqué où se tenait le cours n’étaient animés que par le réflexe du dominé dont la défaite lui broie le ventre mais le force à rentrer dans le rang, le temps de correctement calculer sa vengeance à venir. J’étais mal, et ne pus cacher mon émotion au professeur en passant la porte que j’avais tout fait pour éviter.
Celui-ci avait assez d’empathie pour éviter d’en remettre une couche. En fait, il me demanda simplement de m’asseoir et de lui raconter ce qu’il s’était passé. Je ne pouvais pas tout dire, bien sûr, simplement qu’il y avait eu un léger contentieux familial concernant une broutille dont la mention futile ne serait qu’une perte de temps, alors qu’on a qu’une demi-heure de piano, faut pas déconner.
Alors, le professeur-plein-d’empathie-mais-qui-avait-quand-même-bien-grillé-que-j’avais-pas-envie-de-ramener-ma-bille-au-cours-de-piano me demanda de chanter. Siffler un truc, au pire, simplement montrer que les cordes vocales tournaient aussi bien que les glandes lacrymales qui, elles, étaient au mieux de leur forme. La situation était tellement absurde que je ne souviens même plus que ce que j’ai farfouillé, mais ça a dû plaire au prof qui me renvoya sur mon Bartok alors que j’aurais préféré un sabre laser.
Avant de reprendre les gammes, et alors que je commençais à y voir moins flou, maitre Yoda me dit, en substance, « si un jour tu ne te sens vraiment pas bien, essaye de chanter ! et si tu y arrives, c’est que les choses ne vont pas si mal qu’elles en ont l’air ».
La morale de cette histoire, au-delà d’appuyer la suprématie des Monty Pythons en matière de recherche sur le sens de la vie, c’est qu’il ne faut parfois pas grand-chose de plus qu’un cours de piano et qu’une Game Boy pour écrire un article sur son blog.

"Always look to the bright side of life!
Fi fu fifu fifu fifu!"
(Désolé je ne sais pas siffler meme à l'écrit).