Mardi 13 Juillet 2010
Captain Obvious Origins
C’était un beau soir de vendredi, dans un petit village manchot où l’amour des huitres et de ma prochaine m’attirèrent pour deux jours de détente bien dégagés derrière les oreilles car de bien tristes choses s’étaient produites les jours passés.
Alors que la chaleur estivale aurait poussé la moindre bête avide de sensations brutes et mal acquises à batifoler nu dans le sable doux avec pour seul apparat la mousse des vagues de la mer turquoise dont le reflet du coucher de soleil révélant toute la beauté pastel du crépuscule ornait l’île proche d’une aura apothéotique, je fus convié par mon hôte à une petite sauterie sans prétention puisque mon acte de présence allait principalement être récompensé par un visionnage sur grand écran de Into the Wild, suivi d’une conférence débat et d’un modeste cocktail. Sachant que je savais à l’avance que le film allait être en VF, sachant que je préfère généralement me tailler le foie en oreilles de Mickey et l’offrir à un enfant de moins de quatre ans au cours d’un séminaire de Familles et Tireurs d’Elite de France déguisé en pochette de GTA IV plutôt que de regarder un film en VF, vous vous doutez bien, lecteurs géniaux et avertis, que la conférence débat et le cocktail devaient être assez alléchant pour corrompre mon âme dans ses principes les plus élémentaires.
Il se trouve que l’invité d’honneur était en train de faire la promo de sa dernière œuvre, qu’il avait misé le tout sur la catch-line « j’ai pris une vie sabbatique », et qu’il passait dans le coin pour voir s’il y avait ou non moyen de négocier une plombe d’exemplaires auprès des impressionnables du patelin. Car, oui, le vieil homme qui ne payait pas de mine venait de faire le tour du monde. Et quand on est une fille, ou quand on a eu des cours de géographie animés par des profs qui illustraient leur cours sur la stabilité des milieux par des photos prise par leur pogne lors de leur dernière expédition aux îles Falkland, ou les deux, on évite les questions et on campe à l’entrée pour être sûr d’avoir le premier rang rien qu’à soi.
Quel plus beau rêve, quel plus digne idéal que celui de parcourir le monde pour aller à la rencontre de son prochain, sortir du temps et conquérir l’espace, outrepasser les frontières et annihiler les limites du globe pour écrire sa propre géographie ? Oublier la vie et découvrir les Hommes, aller au-delà de sa propre pensée, plus loin peut-être que l’on ne pourrait en avoir conscience en une seule vie ? Cet homme, aujourd’hui sexagénaire, a mis le pied dans chaque pays, chaque état, chaque nation du globe, se débrouillant pour avoir les moyens de ne jamais être stable, ne faisant que de brèves haltes dans son pays natal qui n’a, finalement, rien été de plus qu’un quartier général où il faisait bon se retrouver lorsque l’esprit ne suivait plus.
J’ai attendu cette conférence, persuadé d’avoir en face de moi une réplique assez fidèle de ce qu’aurait pu être Indiana Jones sans l’agreg. Après tout, cet homme avait voyagé et traversé des continents entiers à une époque où la mobilité était plus encore un luxe qu’aujourd’hui, une improbabilité !
C’est un homme chétif mais charismatique qui nous présenta son parcours, ses 400.000 kilomètres en stop, la quête des différents pays, les rencontres avec l’inconnu, les merveilles de son voyage, le tout dans un style à mi chemin entre l’humour de grand papy et le lol de Twitter, qui est l’humour de grand papy du futur. Cohérent.
Tout se passait brillamment bien jusqu’à ce qu’il nous fasse un happy ending auquel on aurait ajouté une chanson pop et des flashbacks en ralenti que ça nous aurait tous tiré un fleuve de larme. Car ce génial seigneur nous contait que de sa vie passée à parcourir le globe, il avait découvert la Paix dans le Monde.
Rien que ça.
Si.
Ca te la coupe, hein ?
Comme quoi, si Kant avait fait Erasmus au lieu d’idéaliser transcendentalement, on en aurait été bien ailleurs.
Pour faire simple, il – pas Kant, le Bob Morane 45kg - puisa d’un vieux sage persan dont il découvrit les écrits dans une bibliothèque de passage, ou dans des toilettes à Ankara, je ne sais plus trop, tout ceci est très confus, que la Paix se fera, c’est inévitable, car c’est comme ça, l’Humain est destiné à faire la paix. A condition qu’il soit d’accord. En gros, le message du vieux sage dit que quand tous les hommes feront la Paix, tous les hommes seront en Paix. De même que c’est parce que tous les Hommes vont aux toilettes que l’Humanité est dans la… non… pardon… sors de ce corps, Anne Roumanoff, je ne te hais point, mais enfin bon.
Mais, donc, du coup, parce que c’était quand même de ça qu’il s’agissait à la base, peut-on savoir qui est le Seigneur de cette foi Universelle pouvant à terme réguler le Monde et le faire quitter sa coquille de terreurs et de désespoir pour le muter en un havre de paix et volupté ?
Oui, vraisemblablement.
Priez votre Seigneur.
La religion de demain est en route, et merveille des temps modernes, son héros existe depuis le XIXe Siècle. Après, pour les détails, je ne sais pas trop, je suis stagiaire, mais d’après ce que j’ai compris, le principe n’est pas seulement de dire que la Paix se fera si la Paix devait venir à se faire, puisqu’une autre branche structurante du mouvement consiste à faire une compil des autres religions, mixer le tout sans rajouter de pesto afin de servir au plus grand nombre. Ca ressemble beaucoup aux recettes de la cantine, je doute que l’Univers soit assez décadent pour se laisser prendre au jeu. A moins qu’une autorité illégitimement mise en place exige manu militari d’adhérer à la moitié du pacte, au moins par respect pour ceux qui l’ont écrit.
Tout ça pour dire, ça en valait bien la peine, que c’est pas parce qu’on se la pète grave avec son tour du monde qu’on mérite vraiment d’être canonisé. La morale de cette histoire devrait rassurer les experts-comptables qui me lisent par milliers et qui, je le sais, rêvent en secret de vivre auprès d’une communauté de lamas dans les vastes plaines de Mongolie Orientale, élever des carottes et dormir à la belle étoile dans de la fourrure de yacks stérilisés. Finalement, on rêve, on rêve, mais on serait bien incapable de vivre longtemps sans une feuille Excel.
La vidéo n'est là que pour combler le manque flagrant d'une chute consistante à cet article.

Super Latif: Mais si, mais si, carrément !
Squalyl: exactement comme dit Parna.
Parna: exactement comme dit Squalyl.
(Ceci n'est pas un commentaire constructif)
Ps: Le cauchemar. Imagine un live de Justin Bieber et Miley Cyrus EN VF !
Bref...
"Il avait découvert (moi aussi, je mange pas avec les doigts ha ha) la Paix dans le monde"
Dans ce genre de situation mon larynx occipital intérieur gauche ne peut qu'exprimer son contentement ce qui s'ensuit souvent par une tension sournoise de ma corde vocale droite, plus communément appelé un "lol"
Ce vieux fou fait 400.000 km (ce qui soit dit en passant est foutrement impressionnant) pour sortir des anneries pareilles?
Si même Indiana Jones se met à débiter des insanités plus grosses que la bière qui lui roule après dans les aventuriers de l'arche perdue, alors on est pas dans l'brin! Comme dirait mon oncle Gonstan!
Ps: ya pire que les films en VF...un live de Justin bieber et miley cyrus peut être?