Prehisto (./13) :
Oups, j'ai oublié internationale ... mais je voulais dire en fait les autres Etats, tout simplement. Comme la France, face à la situation du Darfour.
Oui mais concrètement, il ne s'agit pas du tout de la communauté des états du monde qui, réunie en assemblée, rendrait une décision de justice aveugle et neutre.
La communauté internationale est le plus souvent un ensemble restreints de pays, qui sont à la fois juges et parties. Et comme il n'y a pas plus immoral qu'un état, ça pose problème.
D'autre part le concept de génocide pose aussi problème. C'est une idée construite récemment, et qui est un peu artificielle. Elle a été conçue pour coller aux massacres commis par les nazis, or les nazis sont restés uniques en leur genre et les massacres ultérieurs suivent souvent d'autres logiques.
C'est vrai que là je suis plutôt dans l'hypothétique. Mais c'est une question que je me pose : peut-on rester spectateur (enfin, "neutre") si ça se produit un jour.
Je n'y ai pas réfléchi très longtemps, mais finalement il n'y a qu'un exemple de génocide stoppé par ingérence qui me vienne en tête : l'intervention du Vietnam pour renverser les Kmers rouges.
En tout cas le génocide est quelque chose de suffisamment exceptionnel pour qu'on ne puisse pas en citer des tonnes. Et finalement c'est un peu pour ça qu'une théorisation de l'ingérence me gêne.
Je ne suis pas contre une intervention dépassant les limites légales, quand les limites de l'horreur sont aussi dépassées. A situation exceptionnelle on peut avoir une réaction exceptionnelle.
Or, l'ingérence érigée comme doctrine supprime ce caractère exceptionnel, ce qui mène à une surenchère d'angélisme qui sert de façade à des guerres tout aussi cyniques qu'autrefois. Sans vouloir discuter du bien fondé de la guerre d'Afghanistan, envahir un pays "pour libérer les femmes", ça a quand même quelque chose de parfaitement ridicule.
Au final et comme les relations internationales restent presque uniquement dominées par les rapports de force, l'ingérence humanitaire ne devient qu'une idéologie justifiant la domination des forts.