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ZerosquareLe 25/03/2008 à 01:35
Première moitié (non relue), la suite demain...

Un après-midi de juillet 1984, une rumeur traînait dans les couloirs : Jack Tramiel avait acheté Atari, et nous allions tous être descendus. Ou licenciés. Ou quelque chose comme ça. Mon collègue de bureau avait travaillé chez Commodore quelques années auparavant (où Jack avait été président directeur général) et me dit : « Si c'est vrai, je démissionne. Je ne retravaillerai plus jamais avec Jack ; c'est un monstre. ». Je ne connaissais rien sur Jack, mais ce n'était pas bon signe.

Le lundi suivant la rumeur s'avéra être vraie. Comme tous les événements d'importance chez Atari – les licenciements, les remaniements majeurs de la direction, les mauvaises nouvelles financières et ainsi de suite – nous l'apprîmes par le journal local (N.d.T. : le San Jose Mercury News dans la V.O.) au lieu d'une annonce interne. L'article disait que Jack Tramiel avait acheté Atari à Warner Communications, et que lui et ses associés étaient en route vers San Jose pour démanteler la société et nous descendre. Ou nous licencier. Ou quelque chose comme ça. Le journal ne disait pas vraiment que Jack était un monstre, mais qu'il avait un style de gestion ferme et pragmatique. Ce n'était pas bon signe.

Je me souviens avoir passé quelques jours assez dingues à essayer de me concentrer sur mon projet en cours : je n'avais vraiment pas envie de bosser (je travaillais sur un jeu informatique de Trivial Pursuit, quelque chose auxquel nous avions donné le nom de code « Trivial Compute », et j'apprenais beaucoup de choses sur les algorithmes de compression de données, mais le cœur n'y était pas vraiment). Des rumeurs sur des « atomisations » de salariés par immeubles entiers résonnaient dans les couloirs.

Il leur fallut un peu de temps pour nous atteindre. Le mercredi, deux des « lieutenants » de Jack arrivèrent à notre building (nous, les gars qui nous occupions des jeux sur ordinateur, étions dans des locaux communs avec la division des jeux d'arcade, pour économiser de l'argent). Quelqu'un avait téléphoné d'avance et prévenu que les Tramiels étaient en marche, et la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Lorsqu'ils arrivèrent, quelqu'un dit : « Je les vois ! Ils franchissent la porte d'entrée ! ». J'ai composé le numéro de l'intercom sur mon téléphone et annoncé :

« Les soldats de l'Empire ont pénétré la base ! Les soldats de l'Empire ont – Argh ! »

puis j'ai raccroché précipitamment. (Plus tard, l'un des deux dit que la synchronisation n'aurait pas pu être plus parfaite : mon annonce se produisit juste au moment où ils empruntèrent le hall principal afin de rencontrer les personnes qu'ils allaient licencier...)

Il y eut des entretiens. Des entretiens rapides, qu'on aurait plutôt dû appeler des passages sur le grill. Nous avions chacun à peu près cinq minutes pour discuter avec Leonard Tramiel (le fils de Jack) et John Feagans (un employé de Commodore de longue date, et à qui les Tramiels faisaient confiance). Ils posèrent des questions du style : Avez-vous de l'expérience dans l'écriture des systèmes d'exploitation ? Je leur dit que j'avais lu les commentaires de Lion sur les sources d'Unix, et leur parlai de mon cursus en informatique à l'université du Maryland et des outils sur lesquels j'aimais travailler. Voulais-je travailler sur un nouvel ordinateur ? Bien sûr, ça avait l'air excitant. J'ai peut-être mentionné The Soul of a New Machine et des choses sur les compilateurs. Mes souvenirs de cet épisode sont assez vagues ; je me souviens avoir eu une conversation privée avec ces deux personnes, mais d'autres on dit que leurs entretiens s'étaient déroulés par groupes de cinq ou six. Peut-être que les deux situations se sont produites.

Quelques heures plus tard, on nous dit de nous rassembler dans une partie commune. Nous étions à peu près soixante. « Voulez-vous être informés individuellement ou tous ensemble ? ». Nous avons effectué un vote, et la majorité d'entre nous (des rescapés de beaucoup, beaucoup de licenciements) voulions juste en finir le plus vite possible. Leonard se mit à lire deux listes de noms. Ceux de la liste la plus longue, environ deux tiers de ceux qui travaillaient sur place, avaient droit à des indemnités de licenciement. Ceux de la liste la plus courte allaient travailler pour les Tramiels, du moins pendant un certain temps. Mon nom était sur la liste la plus courte.

Il était difficile de dire s'il valait mieux être licencié ou travailler pour ces gens ; ils étaient avares de paroles et pleins de mystères. Qui étaient les plus chanceux ? Il n'y avait aucun moyen de savoir. J'aidais mes désormais ex-collègues à débarasser leurs bureaux et à charger les cartons dans leurs voitures. Du groupe de six programmeurs et d'un artiste, les gens avec lesquels j'avais travaillé et surmonté des licenciements pendant des années, il ne restait plus que moi.

Il y avait beaucoup de choses abandonnées, et un tas de VAXs que je pouvais bidouiller quasiment à ma convenance. Ce n'était pas très drôle.

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Chacun de nous, les programmeurs, avions obtenu des bureaux de vice-présidents.

Les Tramiels avaient acheté énormément de choses – par contrat, ils pouvaient se servir librement dans les biens de l'Atari de la Warner – et nous avions besoin d'installer nos bureaux dans le nouvel immeuble destiné à rassembler les activités techniques. Nous quittions le building de la division arcade (comme Jack n'avait pas acheté cette partie de l'activité, les portes qui menaient à cette partie du bâtiment - qui était dorénavant une société à part – avaient été verrouillées) pour emménager dans un immeuble à Sunnyvale, qui avait appartenu à Corporate Research. La plupart des gens de Research avaient été licenciés ; des VAXs et des Lisp Machines ronronnaient sans personne pour les utiliser. Jack ne s'intéressait pas à la recherche académique.

Il s'avéra que nous pouvions avoir presque tout ce que nous voulions de l'ancien Atari, puisque ça ne coûtait pas un centime supplémentaire. Pendant que les Tramiels revendaient les choses les plus coûteuses (comme les VAXs et les Symbolic Lisp Machines utilisés par les chercheurs), les objets plus communs pouvait être obtenus simplement en les demandant. Vous pouviez avoir presque tout ce que vous vouliez, et tant que Jack n'avait pas à rédiger de chèque (et que c'était quelque chose qu'il ne pouvait pas revendre rapidement pour se faire de l'argent frais), il s'en moquait.

Tout ce qu'on voulait ?

« Hé bien », dit quelqu'un, « il y a cet entrepôt plein de trucs à Santa Clara... »

Et nous nous y rendîmes. Vous vous souvenez de la scène du film Les aventuriers de l'arche perdue où ils font entrer l'arche dans un entrepôt gigantesque contenant des hectares d'énormes boîtes et tout ça ? C'était pareil, mais en vrai. Cet entrepôt (et d'autres) était l'endroit où tout le contenu des bureaux des immeubles désormais vides d'Atari avait fini ; peut-être le contenu de cinquante ou soixante buildings.

Je pense que c'est Jim Eisenstein, l'un des graphistes, qui a commencé. « Je vais prendre celui-là, là-bas » dit-il à l'un des employés de l'entrepôt. Jim montra du doigt un beau et grand bureau. « OK » répondit le type du charriot élévateur, et il le descendit. Sans discuter. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, nous avions tous choisi de beaux et grands bureaux (et de belles chaises) et avions planifié leur livraison. Les types qui conduisaient les charriots élévateurs s'en fichaient.

Dave Getreu et moi avons partagé le même bureau pendant un an (c'était la personne dont j'avais amélioré la version de Centipede, mais il l'avait pris avec modestie). Nos deux bureaux rentraient à peine dans la pièce, mais ça en valait la peine : c'était un doigt symbolique dans l'œil du vieil et merdique management de la Warner. Je ne sais pas qui avait utilisé mon bureau avant moi, mais il est certain qu'il était beaucoup plus beau que tout ce que j'avais jamais eu. Et d'après moi, pour chaque dollar que j'avais fait gagner à la société, l'ancien propriétaire en avait jeté deux par les fenêtres à force d'accords foireux et de méthodes de gestion débiles.

Règle n°1 : si votre société a davantage de vice-présidents que de toilettes, vous avez des ennuis.

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