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NilLe 12/01/2009 à 10:55
Je ne suis pas certain que tout soit à mettre sur le dos de Mai 68. Au contraire, je suis persuadé que le combat initial n'était pas "abolissons la Princesse de Clèves", mais plutôt "permettons à tout le monde d'avoir accès à la Princesse de Clèves". Cela dit, il est bien plus facile d'avoir un raisonnement égalitaire en rapport à la vacuité des connaissances qu'en rapport à la richesses des savoirs : ça coûte moins cher, et ça a de nombreux avantages.

Sinon, je ne pense pas qu'il y ait moins de gens cultivés ; je ne suis pas un défaitiste du savoir, je pense clairement qu'il se déplace et que les codes de la culture changent.
Par contre, à mon sens, la culture souffre clairement de trois problèmes majeurs :
- un épuisement du renouvellement culturel, en partie lié au fait que les deux premiers tiers du XXème siècle on été littéralement révolutionnaires et qu'on a du mal à gérer cet héritage, donc qu'on essaye de composer entre ce qui peut être réutilisé et ce qui fait partie des valeurs sûres (que ça soit en littérature, en musique, en arts plastiques, etc.).
- ce qui mène directement (et qui est aggravé par le retournement égocentrique de l'individu au sein de la société) à une aseptisation de la culture, qui devient une culture-plaisir et pas une culture-découverte.
- avec en troisième point une critique (qui va me revenir directement dans la poire) de l'universalisation de la culture. Les 30 dernières années (ça remonte en fait plus exactement à la fin de la 2ème guerre mondiale), on a vu se dresser une uniformisation culturelle assez hallucinante, où les régionalismes (au sens large) culturels s'estompent au profit d'idées mondiales. Ca a des résultats intéressants par certains côtés (on découvre des choses nouvelles, le cinéma asiatique ou d'Europe de l'Est a sa chance en occident, etc.), mais ça crée des "modes mondiales" déstabilisantes (je pense en particulier à la Nipponophilie, avec, à l'opposé, un japon qui s'occidentalise culturellement - je prends la musique "savante" japonaise en exemple, c'est flagrant...).

Cela dit, je reste tempéré pour ce dernier point : il y a toujours eu un brassage culturel et un désir d'intégrer une part d'exotisme à notre culture locale (je pense en particulier aux chinoiseries du début du XXème). On trouve même aux XVII & XVIIIème siècle un schéma similaire avec la culture italienne qui s'étend à toutes les grandes cours d'Europe, puis des échanges inters-cours.
Ce qui est plus troublant, c'est le jeu de ping-pong qui se met en place entre les vivers culturels et la rapidité des échanges. Enfin, ceci n'est qu'une méchante digression sur le sujet original grin