ZerosquareLe 21/02/2010 à 05:08
PowerMarcel a bien résumé ce que je pensais pour la Jaguar, je vais essayer de détailler un peu :
- le manque de pub : Atari était persuadé qu'un bon produit n'avait pas besoin de publicité pour se vendre, et en a donc fait très peu. Ça avait peut-être marché pour la 2600, mais c'était clairement une erreur en 1994.
- une architecture trop complexe : une machine multiprocesseurs à l'époque où les développeurs étaient habitués à un CPU unique + des coprocesseurs, ça n'a pas aidé. Le fait que ceux-ci soient entièrement nouveaux et pensés pour une utilisation en assembleur (c'est marqué en toutes lettres dans la doc) à l'époque où le C commençait sérieusement à gagner du terrain n'a fait que noircir le tableau. Ne parlons même pas des bugs hardware à la pelle.
- un support développeur médiocre : le SDK était risible. Une documentation peu claire nécessitant d'aller à la pêche aux informations, une poignée de bouts de code d'exemple plus ou moins incomplets, quelques outils de développement spartiates, et c'est tout. Pas l'ombre d'une bibliothèque de fonctions toutes faites ou d'un vrai environnement de développement. Et d'après les témoignages des développeurs de l'époque, le support technique était du même acabit. À posteriori, la comparaison du contenu des SDK Jaguar et Playstation est éloquente. Mention spéciale pour l'extension CD, où ils ont réussi à faire encore pire.
- le ratage du passage à la 3D : la Jaguar était très bien pourvue pour la 2D mais n'avait pas de support matériel pour la 3D, hormis quelques bricoles pour faciliter un peu le Gouraud et le plaquage de texture. Manque de pot, elle est arrivée à l'époque du boom des jeux 3D. Plutôt que d'admettre leur erreur et de se concentrer sur de la 2D de qualité, Atari a préféré faire de la 3D coûte que coûte, alors que la machine n'était pas de taille à lutter face aux consoles concurrentes qui avaient été conçues pour. Et le moteur 3D logiciel fourni par Atari, assez médiocre, n'a rien arrangé. Résultat : les jeux faisaient pâle figure par rapport à ce qui se faisait ailleurs.
- la piètre qualité des jeux : tout ce qui précède ne favorisant pas l'émergence de jeux de qualité, les productions sorties sont en grande partie moyennes voire médiocres, mais sorties quand même ; probablement parce qu'il fallait bien faire rentrer un peu d'argent. Certains se sont raccroché au processeur 68000 de la console - bien maîtrisé à l'époque, mais qui ne cassait pas de briques - pour porter des titres existants sur Amiga ou sur ST, la plupart du temps avec peu ou pas d'améliorations. Ça ne les rendait pas mauvais en temps que tels, mais le public se demandait quel était l'intérêt d'une console 64 bits présentée comme révolutionnaire si c'était pour avoir des jeux qui tournaient déjà sur machines 16 bits.
Il y a d'autres facteurs (la manette à l'aspect massif, les mauvaises relations avec la presse...), mais je pense que ce sont les raisons principales.
Avec tout ça, il n'est pas étonnant que la Jaguar n'ait pas marché.
Ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'une bonne partie de ces tares étaient dues plus ou moins directement à des décisions du management (qui était connu pour être assez désastreux chez Atari, surtout vers la fin), pas à des raisons techniques : la Jaguar avait des atouts non négligeables à sa sortie, et aurait probablement pu avoir un petit succès si des décisions différentes avaient été prises. Et je pense que c'est un point qu'on retrouve derrière beaucoup de "foirages".