ZerosquareLe 02/03/2026 à 02:06
Avec le même raisonnement, écrire de la doc et des tests unitaires, assurer du support de code legacy, essayer de résorber la dette technique ou encore auditer la sécurité des 4712 dépendances d'un projet info moderne sont autant de tâches que personne n'a envie de faire, et qui ne sont probablement pas vraiment rentables non plus (du moins à court terme). Donc applaudissons bien fort les entreprises qui ne gaspillent pas d'argent dans ce genre de futilités. Et ne nous étonnons pas des résultats, à savoir des technologies (et par extension, une société) à moitié pétées en permanence, et personne pour en assumer la responsabilité.
De la même façon, ça fait des décennies qu'on dit aux candidats qu'on attend d'eux qu'ils soient jeunes mais très expérimentés, avec un parcours atypique mais surtout pas trop, polyvalents et en même temps experts en tout, "disruptifs" mais sans pouvoir faire bouger les lignes d'un millimètre, ultra-professionnels dans leur communication tout en étant subordonnés à des gens qui ne le sont pas du tout avec eux, dévoués corps et âme à une entreprise avant même d'être embauchés, et surtout avec des prétentions salariales modestes. Et en même temps, on leur fait bien comprendre qu'ils sont considérés comme de simples rouages remplaçables, que leur sort sera déterminé par quelqu'un des RH qui passera à peine 5 secondes sur leur CV (et qui ne connaît probablement rien au poste pour lequel il recrute), et qu'ils n'ont pas à espérer la moindre considération en retour - pas même une réponse automatisée, parce que houlà, ça demanderait trop de boulot.
Mais déshumaniser complètement le processus, c'est aussi anéantir toutes les barrières morales. Si les entreprises traitent les candidats de cette façon, pourquoi ces derniers devraient-ils avoir des scrupules à faire la même chose dans l'autre sens ? Quitte à être évalué par une IA, pourquoi ne pas lui faire gober du contenu généré par une autre IA ? Si un recruteur pose des questions débiles, est-il en droit d'espérer des réponses intelligentes ? Si on peut être licencié à tout moment juste parce que le cours de l'action en bourse a grimpé de seulement 9.3 % au lieu de 9.8 %, pourquoi ne pas filer sa démission dès qu'une autre boîte paye davantage ?
TL;DR : quand on lance des boomerangs sans réfléchir, il ne faut pas s'étonner ensuite d'en recevoir quelques-uns dans la figure.
(et je préempte Zeph qui va dire "oui mais tu n'apportes pas de solutions" : je rédigerai un autre message plus tard, j'ai déjà passé trop de temps sur celui-ci).