HippopotameLe 01/07/2008 à 11:15
Il s'agit de famille anomique, dont la mentalité est je trouve assez difficile à appréhender pour nous, vu qu'on a eu très peu de contacts historiques ou géographiques avec eux.
Il s'agit d'une "structure" familiale caractérisée par l'absence de structure, par l'effondrement radical des contraintes anthropologiques.
En théorie (=quand on leur pose la question), la famille est nucléaire, mais en pratique on observe beaucoup de ménages où un enfant reste chez ses parents.
En théorie, l'héritage est égalitaire, mais en pratique les parents ont le choix et il n'y a pas de souci d'égalité.
En théorie, le mariage est exogame, mais en pratique le tabou de l'inceste est très dégradé, on observe beaucoup de mariage entre cousins, voire même parfois dans certains coins entre frères et soeurs.
L'absence de structure, et le repli endogame, ont tendance à organiser la société en isolats, groupements d'individus physiquement et psychologiquement séparés. Dans l'Antiquité, le système politique correspondant est le despotisme (Egypte antique, civilisations indiennes d'Amérique du Sud, ou encore d'Asie du Sud Est), avec une large classe d'esclaves (qui ne sont pas, comme dans l'esclavage gréco romain, le résultat de la conquête militaire, mais plutôt celui de l'atomisation de la société en isolats de prêtres, guerriers, esclaves... qui vivent même dans des cités séparées). Ces civilisations laissent derrière elle des constructions "pharaoniques" économiquement inutiles ; elles sont cependant fragiles malgré leur force apparente : contrairement aux modèles familiaux souche ou communautaire, il n'y a pas de principe d'autorité dans les têtes, le despotisme, qui ne résulte que de la dynamique sociale de repli, peut s'effondrer à tout moment. Et effectivement tous ces régimes antiques se sont effondrés de façon spectaculaire, parfois à cause d'évènements anodins, parfois même sans qu'on n'en connaisse la raison (effondrement brutal du royaume javanais en 928).
On retrouve des traces de ce modèle ancien par exemple en Birmanie (isolat des dirigeants militaires, esclavage, despotisme), et dans une moindre mesure ailleurs.
D'un point de vue religieux, la famille anomique correspond partiellement au bouddhisme du petit véhicule (=> oblitération de l'individualité)
A l'âge des idéologies modernes, la famille anomique fabrique des idéologies peu structurées, peu doctrinales, ambivalentes entre individualisme et repli de groupe. Les épisodes révolutionnaires peuvent inclure des mouvements d'autodestruction sociale catastrophiques (massacres anticommunistes hystériques en Indonésie, génocide cambodgien (sur la base d'un "communisme" qui était le moins bien défini doctrinalement dans le monde)).
Les pays anomiques modernes sont plutôt neutres voire isolationnistes dans leurs relations internationales, tantôt libéraux tantôt grégaires dans leur structure économique et sociale, indifférents aux principes doctrinaux (cf le coup d'état en Thaïlande. cf aussi le témoignage de very sur la Malaisie.)
A l'échelle des temps anthropologiques, le système anomique semble peu compétitif et facilement absorbé par des systèmes familiaux mieux structurés. (Exemples : l'égypte avec la conquête arabe, l'amérique du sud en court d'assimilation par la culture ibérique)