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damnvoidLe 14/01/2009 à 00:27
Au Château, où planait l'ombre de la mort, le président se murait dans ses mensonges. Rongé par la maladie, sentant venir le terme, il détournait les yeux du présent pour mieux se mirer dans sa gloire posthume. Son visage était devenu un masque cireux, ses prunelles évoquaient la dureté hypnotique d'une mante religieuse. L'angoisse le rendait impatient ; l'impatience le faisait lucide ; la lucidité, brillant, intransigeant, odieux. Même la conduite de la nation ne semblait plus à sa hauteur. Il laissait tomber ses ordres comme on accorde une faveur. La déroute électorale imposait des démissions, un remaniement ministériel. Ces problèmes temporels l'exaspéraient, mais le navire prenait eau de toutes parts, et, tel Saturne dévorant ses fils, il avait brisé un à un tous ses capitaines. Le chef de l'État chercha alors autour de lui l'homme dont la cote de popularité semblait la moins entamée, le serviteur fidèle, malléable et intègre qui lui permettrait de se maintenir à flot - de tenir, et son choix s'arrêta sur l'ancien ministre des Finances, cet enfant du terroir normand qui n'avait pas son bac, ce paysan mal dégrossi que certains de ses subordonnés surnommaient le Bœuf et qui ne lui inspirait pas davantage d'estime. « Puisqu'il s'agit d'administrer des veaux », aurait-il murmuré.

Serge Bramly

il est très bon ce bouquin smile