HippopotameLe 26/01/2009 à 19:49
On rigole, on se bidonne sur le plateau-version ricanement et clin d'oeil- des fois, il y a des sujets graves.
Des sujets où on ne plaisante plus du tout.
Silence glaçant et regards vigilants.
Car Mahmoud a dit, dans lors d'un colloque sur le sol américain : "chez nous, il n'y a pas d'homosexuels".
Gloups.
Horreur et damnation.
D'ailleurs, son hôte américain, courageux, le lui dit à Mahmoud : "vous êtes ridicule".
Et Yann, en première ligne, offrant son torse aux balles iraniennes, son corps aux sabres des mollah, sa chevelure soigneusement entretenue aux flammes d'une fatwa, rétorque, yeux dans les yeux (enfin, de la caméra), sans ciller, sans trembler ni frémir : "Et oui il n'y pas d'homo en Iran..Il n'y a pas non plus de reportage canadien qui démontre le contraire, ne regardez pas ce qui suit car vous n'avez pas d'yeux ..." (notez la construction dialectique, le second degré qui fait trembler les perses).
Suit un reportage flash halluciné de 12 secondes où on voit des types dans une boite gay, puis derrière des barreaux, puis, torturés. En Iran, on suppose, donc.
Et là, j'ai eu honte de moi. J'avoue. Oui, parce que j'ai ri quand j'ai vu Mahmoud. Avec son petit sourire en coin. Le mec qui se fait huer, insulter en public pendant une heure et qui arrive à sortir des vannes comme ça, du tac au tac moi je dis respect. Taper là où c'est sensé faire mal et voir les mecs se tordrent de douleur et d'effroi avec autant de sincérité, mieux que des footballeurs italiens, moi, je ne résiste pas. Car c'est bien clair : Mahmoud a blasphémé. Oui oui. Ici en Europe ou là-bas aux USA, pareil. Il a touché aux vaches sacrés. Démonté les veaux d'or. Caricaturé les prophètes de la gay pride.
Geste politique, évidemment, lancé aux autres pays musulmans, tribune rêvée. Pointer du doigt les victimocrates de l'occident, toute la bigoterie post-démocratique pour bien faire comprendre aux rescapés du patriarcat version Maghreb ce qui les attend dans le package islam modéré. Mais qu'en retiennent les lumineux médiateux occidentaux, ceux qui courent chercher la baballe en aboyant ? Un manichéisme à la hauteur de leur subtilité. Qui pour l'observateur neutre, s'il en reste, se résume à Obscurantiste contre Obscurantiste. Les Classiques contre les Modernes. Débattre du sexe des homos. Homophiles contre Homophobes. Un extrême en appelle un autre ? Qu'importe ! Vous êtes sommé de choisir votre camp.
Car Mahmoud, en lanceur de baballe expérimenté, n'a pas dit : mort aux fiottes, ou les pédales on les crame. Non, non non. Il a dit que chez lui, ça n'existe pas. Il n'est pas croyant. Et quand bien même il verrait, car je ne pense pas qu'il ignore qu'en Iran aussi ça chauffe dans les backrooms, il verrait donc, deux hommes se rouler une grosse pellasse, se marier, et adopter, chez lui, devant lui, il continuerait à dire, désolé, ça ne prend pas. J'y crois pas à votre truc. Sourire en coin. Il a tout compris des leviers occidentaux. De ses totems et tabous revisités. Ravi de provoquer le néo-calotin à la Yann Barthès. D'entendre hurler les culs-bénits du métissage. De voir s'élever les fourches et les torches des associations gays,bi, trans&lesbiennes. D'admirer les râles des bienpensants asphyxiés par l'odeur du souffre de l'incroyance. De regarder se noyer ces démonteurs de tabous dans leurs propres interdits qu'ils produisent chaque jour en quantité industrielle. On ne pouvait trouver meilleure provocation, meilleur miroir tendu à ceux-là mêmes qui se gargarisent de tolérance, d'égalité, de liberté et d'humour dérangeant. A ceux-là mêmes qui se ridiculisent avec tant d'efforts en n'ayant peur que d'une chose : ne pas penser comme eux-mêmes.