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SallyLe 26/11/2006 à 01:26
Ben le libéralisme au sens strict est un courant politique et de pensée (qui est surtout anglais) qui valorise par-dessus tout la liberté individuelle. Les deux valeurs importantes sont la liberté individuelle et la propriété privée, et en gros dans l'idéal les seules limites à la liberté de chacun devraient être la liberté et la propriété des autres ; tout devrait être autorisé sauf le vol et, ben, les atteintes à la liberté ^^. Le fait que les pauvres soient gravement défavorisés est tout à fait compatible avec ce courant de pensée, il me semble que beaucoup d'auteurs libéraux ont écrit sur l'utilité sociale des inégalités ; pour eux ces inégalités sont normales et nécessaires.

Mais dans l'usage courant actuel c'est souvent restreint à l'économie, et même si ça s'appuie pour se justifier sur le courant de pensée que je viens de citer, ça n'est pas vraiment la même chose ^^. Ça désigne grosso modo une opposition idéologique à toute régulation des échanges commerciaux (au nom de la liberté individuelle, c'est là qu'est le lien), qui s'accompagne également d'une vision très élargie de ce que sont ces échanges commerciaux : ainsi proposer un service payant quel qu'il soit est censé entrer dans cette catégorie, et une activité artistique comme une représentation théâtrale où tu dois payer pour entrer aussi. En gros dès que tu payes quelque chose, ça entre dedans.

En pratique on regroupe sous ces termes le libre-échangisme entre pays d'une part (le contraire du protectionnisme, donc : tu t'interdis au nom du libéralisme de taxer les importations ou les transports etc. pour compenser les différences de prix dues aux coûts salariaux inexistants dans les pays pauvres et aux faibles coûts des transports, ce qui fait qu'il sera souvent plus intéressant financièrement pour les entreprises de faire parcourir des milliers de kilomètres aux marchandises pour les différentes étapes de la fabrication d'un produit, chaque étape étant faite là où on trouve la main-d'œuvre la moins chère pour la faire, que de tout faire sur place) ;
et d'autre part l'« ouverture à la concurrence » des services publics qui, dans le cas de l'Europe, consiste non seulement à autoriser des acteurs privés à proposer les mêmes services que le public mais d'autre part à interdire à l'État de continuer à financer les services publics sur fonds publics car c'est considéré comme de la "triche" (en effet cela avantage le service public par rapport aux acteurs privés donc c'est une forme de régulation : l'État "subventionne" un des acteurs donc c'est comme s'il taxait les autres). Je ne sais pas si ce dernier point fait vraiment partie du libéralisme, mais comme il fait partie de la politique européenne, c'est mis dans le même sac (c'est la fameuse concurrence "non faussée"). Dans la même logique, certains voudraient ou auraient voulu interdire les subventions à la création artistique car ces subventions "faussent" la concurrence, mais la France s'y est opposée en inventant la fameuse "exception culturelle", qui consiste à dire que les activités culturelles ne peuvent pas être considérées comme des marchandises et n'entrent donc pas dans le cadre de la concurrence.

Sinon le mot libéralisme peut aussi désigner un truc assez marginal qu'on appelle aussi libertarianisme, c'est une construction utopique qui considère que si la liberté individuelle est totale tant qu'elle ne nuit pas à la propriété privée des autres ni ne restreint leur liberté, alors la société va s'autoréguler par magie¹ et il en résultera l'organisation idéale. Cela vise à justifier le libéralisme (comme tendant vers cette utopie), mais bien sûr les arguments sont complètement bidon car ils reposent d'une part sur des hypothèses simplificatrices qui sont très, très loin de la réalité, et d'autre part sur le postulat complètement erroné (cf. la théorie des jeux) que si chacun agit pour maximiser son intérêt particulier, alors le résultat obtenu sera le plus conforme possible à l'intérêt général). Oh, et aussi, cela considère l'échange commercial comme l'essence de l'activité humaine, et la valeur monétaire comme la valeur tout court.
Bien sûr les gens qui croient vraiment à ce truc sont peu nombreux, mais c'est souvent ressorti comme "argument" pour justifier une politique libérale.

¹en fait généralement la magie en question est appelée "main invisible" (sissi c'est vrai, et ils disent ça sans rire)