Nil Le 22/02/2016 à 09:54 Après, il y a des questions de déontologie à tous les niveaux. Mais aussi des problèmes beaucoup plus complexes.
Exemple n°1 : un organisateur d'événements veut des musiciens. Mais il n'est pas prêt à payer. Du coup, il va demander à des amateurs (qui peuvent avoir un niveau professionnel, c'est décorrélé).
Premier problème : demande dans un cadre commercial et professionnel (il se fait payer pour l'événement et son organisation) mais refuse de payer des sous-traitants.
Deuxième problème : les musiciens amateurs d'un niveau professionnel connaissent les difficultés du métier et, en acceptant de jouer gratuitement, fragilisent un écosystème déjà abîmé.
Troisième problème : en cas de problème (un des musiciens a un niveau pourri, ils arrivent en retard...), l'organisateur n'a aucun moyen de pression.
Quatrième problème : oui, mais les amateurs ont bien le droit de jouer dans des occasions où ils peuvent faire valoir leur talent, non ?
Exemple n°2 : idem, sauf que l'organisateur est prêt à payer, mais pas à un tarif normal. Il va donc voir des pros, des amateurs, et des pros dans la merde qui ont besoin d'argent.
Premier problème : en mixant pros et amateurs, s'il a un contrôle de l'URSSAF, il risque d'avoir des soucis. En effet, un régime indemnitaire différent pour des fonctions similaires est un premier indice de travail au noir (certains déclarés, d'autres non). Il a donc intérêt à être super clean partout, et à avoir des conventions de travailleur bénévole.
Deuxième problème : s'il mixe effectivement des niveaux indemnitaires différent, il va avoir des réclamations (on se demande rapidement entre nous quel salaire a été versé).
Troisième problème : les pros prêts à payer pour moins qu'un salaire normal tirent la corde vers le bas. Doivent-ils accepter ? Refuser ? À court terme, ils ont intérêt à accepter. À long terme, ils fragilisent ce qui devrait être leur source de revenu principale
Les autres problèmes de l'exemple précédent restent vrais.
Troisième exemple (très fréquent) : idem, sauf que l'organisateur est une chorale associative, donc les choristes sont bénévoles (c'est leur loisir) et qu'ils veulent être accompagnés par des musiciens.
Les problèmes précédents restent vrais, sauf qu'on a en plus une nouvelle problématique : pourquoi est-ce que les choristes ne seraient pas payés au même titre que les musiciens ? C'est pourtant plus qu'une habitude : c'est la norme.
Ca amène aussi une question supplémentaire : ces associations ont souvent peu de ressources (contrairement aux organisateurs d'événements). Si elles ne peuvent pas monter leurs projets même avec un budget restreint, elles ne les monteront tout simplement pas (l'alternative de payer tout le monde à un tarif normal n'est souvent pas envisageable). Donc on ne peut pas non plus trop exiger.
Personnellement, avant d'accepter un cachet ou une prestation bénévole, je m'assure de plusieurs points :
- que je ne touche pas plus ou moins que les autres à nombre de service égal
- que je suis appelé parce qu'aucun musicien ayant besoin de ça pour vivre s'est manifesté (exception lorsque c'est un ami qui me contacte, ou lorsque c'est moi qui organise le concert)
Je ne joue plus bénévolement (ou de façon extrêmement exceptionnelle), pour deux raisons :
- je ne joue plus dans les ensembles 100% amateurs parce que faire des répétitions interminables où rien n'avance me gonfle royalement... j'ai une famille, j'ai d'autres activités, d'autres façons de passer le temps. Quand je serai plus âgés, que mon niveau sera peut-être moins bon et que j'aurais besoin de remplir des semaines bien vides, ce sera peut-être différent.
- vu que je joue avec des musiciens pros, je ne peux pas accepter de n'être pas payé, sinon c'est le meilleur moyen pour qu'à terme ils soient remplacés par des gens comme moi... or s'il peut y avoir des gens comme moi (qui joue de temps en temps, en faisant entre 5 et 10 concerts/an), c'est qu'il y a des gens comme eux (qui maintiennent une activité culturelle et artistique locale et transmettent leur savoir).
En fait, tant que les amateurs (donc non rémunérés) et les professionnels (qui vivent de ça) respectent bien eux-mêmes les spécificités de leurs statut, je pense qu'il n'y a pas de problème. Au contraire, même : les amateurs sont les premiers à venir aux concerts ou à prendre des cours d'instruments. Sans eux, point de salut !
Le problème, effectivement, c'est quand un amateur veut se faire payer au black, ou quand un pro accepte d'être sous-payé (ou payé au black). Ca crée des distorsions qui sont exploitées en premier lieu par les "clients" (qui ne sont pas les spectateurs des concerts, mais ceux qui achètent les prestations).
