Meowcate (./561) :
L'insulte est l'argument de ceux qui n'en ont pas
Le jeu de Veracidad, c'est une thèse personnelle posant sur de multiples points, mais aucun mur porteur. Si un point est réfuté sans possibilité de le sauver, on s'appuie sur un autre, ce n'est pas parce que ce point est perdu que la thèse est fichue.
Si on arrive à admettre qu'un avion est bien entré dans le Pentagone, p-e supposera t-il qu'il était téléguidé par le gouvernement là encore.
Bah de par son mode opératoire, il me fait penser au célèbre luc2, les cadres entourés de dièses et les néologismes en moins (à part pour l'agglomérat de gnan gnan, peut-être...). Et en rematant les sites consacrés au luc2, je me suis aperçu qu'on pouvait transposer luc2 à Veracidad :
[...]Veracidad fait partie de cette espèce de plus en plus rare de gens qui se sont "faits tout seuls" (qu'il se soit raté ou non ne sera pas débattu ici, une approche scientifique se devant d'être détachée de tout jugement de valeur par trop arbitraire). À ce titre il a développé un univers perceptif totalement original, fait d'un réseau très serré de règles, d'échelles de valeurs, d'a-priori et de préjugés qualitatifs qui entretiennent une certaine cohérence interne (cohérence certes très limitée, mais qui n'en existe pas moins).
Il faut d'ailleurs souligner que le qualificatif de trolleur ne lui est définitivement pas adapté : Veracidad est sincèrement convaincu par tout ce qu'il dit. C'est beaucoup plus grave qu'un simple troll. Il pourrait donc être intéressant de formaliser la logique qu'il utilise dans ses raisonnements.
[...]
[ul]Première règle (règle de base) :
[li]Une affirmation est soit absolument vraie, soit absolument fausse.[ul]
[li]Il n'y a pas de troisième possibilité, et toute valeur de vérité est valable en tout lieu, en tout temps et pour toute personne, sans discussion possible. Ce qui est vrai (ou faux) pour Veracidad, l'est également pour l'humanité toute entière. Cette règle est applicable dans n'importe quel domaine et sur n'importe quel sujet, sans aucune restriction d'aucune sorte.
On entre donc de plein pied dans un univers dualiste et manichéen, réducteur et simpliste, mais qui présente l'avantage d'être non-ambigu, explicite et discret, et par conséquent facilement compréhensible et manipulable, ce qui est probablement la raison pour laquelle Veracidad y est tellement attaché : entretenir une vision du monde complexe et nuancée demanderait trop d'effort, à commencer par l'abandon d'habitudes mentales extrêmement confortables. D'ailleurs cet univers de croyances enfantines procure à celui qui y vit un sentiment exaltant (bien que largement illusoire) d'omniscience et de supériorité sur les autres (sentiment que Veracidad ne se gêne pas d'extérioriser).[/li][/ul][/li][/ul]
[ul]Deuxième règle :
[li]Lorsque deux personnes ne sont pas d'accord sur un sujet (quel qu'il soit), il y en a forcément au moins une qui a tort.[ul]
[li]Ici encore, nous devons parler en terme d'absolu et refuser catégoriquement la possibilité d'autres points de vue, d'autres schèmes interprétatifs parallèles et non antagonistes. Veracidad raisonne en terme de conflits, sous couvert de mener une discussion. Dans toute discussion il faut un vainqueur et un perdant. On retrouve ici le manichéisme primaire que la première règle laissait prévoir.[/li][/ul][/li][/ul]
[ul]Troisième règle :
[li]Dans une discussion entre deux individus (que nous nommerons A et B pour plus de clarté), si A ne parvient pas à prouver que B a tort, alors cela prouve, implicitement, que c'est lui (A) qui a tort.[ul]
[li]Cette règle a été formulée (en des termes légèrement différents) par l'intéressé lui-même. Elle découle très logiquement, elle aussi, de la première règle, et est assez proche de la deuxième. Cette règle explique pourquoi Veracidad accorde tant d'importance au fait de convaincre définitivement et complètement ses interlocuteurs.
Car il convient de noter que, étant donné que ce réseau de croyances s'est largement consolidé dans le contexte des groupes de discussion, les mots en représentent une composante importante et même vitale. Les participants aux forums se rencontrent sous forme immatérielle et désincarnée, et ils n'ont d'existence qu'au travers des mots qu'ils utilisent pour exposer leurs idées. Aussi la conception du monde de Veracidad est-elle très largement conditionnée par une sorte de pensée symbolique qui prête aux mots un pouvoir quasi-magique sur la réalité : pour utiliser une image bien connue, on peut dire que pour lui, une carte géographique a plus d'importance que le terrain qu'elle représente, et agir sur la carte revient à agir sur le terrain.
Ce schème de pensée solipsiste et verbaliste n'est jamais exprimé tel quel par Veracidad, et il n'est probablement même pas ressenti consciemment, mais il existe bel et bien et permet d'expliquer la concentration peu commune de sophismes et autres tautologismes que l'on rencontre dans le discours de Veracidad, et surtout la valeur de vérité très élevée qu'il accorde à ces constructions fallacieuses (mais séduisantes).
La vérité est donc synonyme de pouvoir, et celui qui ne la détient pas est promis à la mort --une mort symbolique évidemment, mais que Veracidad ressent comme bien trop réelle (son mode de perception monochromatique ne lui permettant pas de prendre le recul suffisant pour faire la distinction entre sens propre et figuré, entre pensée rationnelle et symbolique).[/li][/ul][/li][/ul]
[ul]Quatrième règle :
[li]Un jugement de valeur peut devenir un fait s'il est exprimé avec suffisamment de véhémence.[ul]
[li]Le langage est utilisé par Veracidad comme une arme, et s'il se veut efficace, il se doit d'être brutal (d'où l'emploi fréquent de mots ou même de phrases en majuscules, de nombreux points d'exclamation, de copier-coller massifs et répétés sans distinction précise du contexte, etc). Cela rejoint nos considérations précédentes concernant l'agressivité fondamentale et inhérente à tout échange d'idée selon Veracidad (un "échange d'idée" étant en réalité un combat à mort, dans son optique). Cela appuye également notre hypothèse selon laquelle Veracidad perçoit toute discussion comme une lutte pour la Vérité Vraie.[/li][/ul][/li][/ul]
[ul]Cinquième règle :
[li]Il n'est pas nécessaire d'utiliser les mots justes, ni même de mots existants; l'important est de savoir ce que l'on veut dire. Si cette condition est remplie, alors tout le monde comprendra ce que l'on a voulu dire.[ul]
[li]Cette règle découle elle aussi de la première règle, et plus précisément de son corollaire, qui dit que "la vérité unique", ultime et incontestable, existe bel et bien, quel que soit le domaine abordé ou le thème traité. En outre, en vertu du pouvoir magique que Veracidad accorde aux mots, on comprend que cette vérité doit rayonner avec un tel éclat qu'il est impossible à quiconque de ne pas la reconnaître et de ne pas la comprendre.
Cette négation sans appel du relativisme des opinions subjectives est en total accord avec la règle d'or ; elle lui est nécessaire pour lui permettre d'entretenir le sentiment d'omniscience, de toute-puissance et de supériorité dont nous avons déjà parlé --et, de façon plus générale, pour lui éviter toute remise en question qui serait par trop douloureuse.[/li][/ul][/li][/ul]