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SallyLe 21/10/2007 à 00:21
very (./31) :
Il me semblait que si c'était largement accepté de l'omettre le "Vraie Bonne orth de la Vérité Vraie" il fallait le mettre quand même ?
Dans une phrase négative, il faut le mettre si tu veux écrire dans un registre soutenu oui (c'est plus une question de niveau de langue que de « correction », et ça n'a pas de rapport avec l'orthographe en tout état de cause ^^), l'omettre fait tout de suite langue parlée ou un peu familier. Mais dans ta phrase il n'y avait pas (enfin il n'aurait pas dû y avoir) de négation, donc le « ne » *n'existe pas* dans ce cas, tu ne peux pas l'omettre (puisqu'il n'existe pas), et si tu le mets tu le crées et ça rajoute une négation grin.

Bon je vais faire un mini-topo sur les négations en français ^^. En fait c'est le bordel parce qu'il y a des évolutions dont on finit par oublier l'origine, mais il reste des archaïsmes qui, du fait de l'oubli de ces origines, font que ça a l'air incohérent.

En fait il y a (à l'origine, c'est-à-dire il commence à y avoir pas mal de siècles) très peu de mots qui expriment une négation en français ; en gros il y a « ne », « ni » et « non » et je ne pense pas en oublier. Le principal c'est « ne », et si je veux faire une phrase négative il suffit de le mettre devant le verbe. Par exemple : « je ne viens. » Ou : « je ne veux. » Etc. (évidemment c'est complètement archaïque mais ça reste grammaticalement correct ^^)

L'habitude s'est prise de renforcer systématiquement les négations par un autre mot. Tous ces autres mots ont au départ un sens positif, c'est par exemple le cas de aucun (= un quelconque), rien (= pas grand chose, cf. « un rien »), jamais (= à un moment quelconque). Ces mots possèdent encore aujourd'hui ce sens positif primitif dans certaines tournures. Par exemple dans « As-tu jamais rien vu d'aussi beau ? » il n'y a aucune négation, ça signifie en gros la même chose que « As-tu déjà vu quelque chose d'aussi beau ? »

Bon donc ces mots de renforcement, ça va être jamais, rien, personne sans l'article (*une* personne a vu, mais : personne n'a vu), etc., et puis divers mots qui viennent au départ de locutions très précises... par exemple : je ne vois *point* (= je ne vois aucun point). Je ne mange *mie* (= je ne mange aucune mie = aucune miette). Je ne bois *goutte*. Je ne marche *pas*.

Et ces mots vont se mélanger de façon absolument bordélique et ça donnera des expressions très bizarres comme je n'y vois goutte (trifus), et pour des raisons que j'ignore absolument, « point », puis « pas », vont s'imposer comme mots de renforcement à peu près systématiques (sauf dans les cas où il y a jamais, rien, etc.) Ensuite, comme il y a maintenant toujours un mot de renforcement, ce mot va se mettre à représenter la négation tout seul et on va omettre le « ne » (qui est devenu évident dans le contexte).
Et du coup le sens courant du mot de renforcement devient négatif, puisque le ne est habituellement omis (autrement dit la plupart du temps "jamais" va se traduire en anglais par "never", par exemple ^^)... mais le sens primitif (où "jamais" se traduit par "ever") subsiste, même s'il est un peu archaïque et assez rarement employé ; et quand on l'emploie, il n'y a pas de « ne » sous-entendu ^^

et donc des phrases comme « As-tu jamais rien vu d'aussi beau ? » et « N'as-tu jamais rien vu d'aussi beau ? » ont des sens différents. (Bon dans l'exemple le fond de la question posée est sensiblement le même bien sûr, mais pas la réponse attendue : dans le premier cas j'escompte qu'on me réponde : « Oh non, je n'ai jamais rien vu d'aussi beau ! » alors que dans l'autre cas j'attends plutôt : « Bien sûr que si, j'ai déjà vu quelque chose d'aussi beau » grin)

(bon tout ça est très simplifié évidemment, ne serait-ce que parce que c'est pas vraiment la seule évolution du français depuis dix siècles et que donc il n'y a sans doute jamais eu de moment où on disait telles quelles les phrases que je donne comme exemples, mais bon c'est l'idée ^^)