./256 > ben tu n'as pas vraiment parlé des « faux intermittents » qui sont une sorte de troisième catégorie (tu les as un peu mentionnés mais sans préciser) : les fameux personnels qui bossent dans les théâtres mais surtout dans l'audiovisuel (notamment radio france et france télévisions, en effet) et qui ont le statut d'intermittent alors qu'ils exercent un poste de permanent. Ceci fait des économies pour les employeurs car grosso modo au lieu de payer ces gens tout le temps avec un salaire normal, ils déclarent des cachets bidon à intervalles réguliers, le reste du salaire étant versé par l'assédic. Ce sont ces abus qui plombent les finances du régime spécial d'assurance-chômage des intermittents, qui est du coup déficitaire. C'est à cause de ce déficit que les gestionnaires de l'assédic (c'est-à-dire le MEDEF et la CFDT, voici où ils interviennent) veulent réformer ce régime spécial.
Le problème est que leur réforme est complètement à côté de la plaque, parce qu'elle ne lutte pas contre les vrais abus. En gros ils ont durci les conditions d'accès au statut, en les rendant encore plus compliquées et tordues qu'avant (ça devient vraiment un des plus beaux exemples de ce que la bureaucratie française peut nous pondre de pire) : tu dois genre avoir travaillé 507 heures en 10 mois (sachant qu'en vrai tu es payé au cachet, mais que ces cachets sont convertis en nombres d'heures de travail par un système de forfaits où un cachet compte plus d'heures s'il est isolé que s'il est groupé avec d'autres) pour accéder au statut, ce qui te donne droit à un capital de jours indemnisés, tu es donc ensuite indemnisé chaque jour où tu ne travailles pas jusqu'à épuisement de ce capital. Une fois qu'il est épuisé, on regarde si tu as bien fait 507 heures *dans les 10 derniers mois précédant* la date où tu finis ce capital pour voir si tu conserves le statut (donc en gros il faut faire super gaffe à travailler surtout vers la fin de la période d'indemnisation...)
Bon, j'ai simplifié hein, mais il me semble que ça c'est le principe de base (il doit y avoir des critères sur le nombre de cachets, aussi, je crois). Or, quelles sont les conséquences pour les faux intermittents ? ben, de toute façon, ils travaillent tout le temps et on leur déclare des faux cachets. Donc ils doivent faire des calculs d'apothicaire mais ils discutent avec leur employeur qui leur déclare des cachets quand ça les arrange, donc ces critères tordus ne les gênent pas le moins du monde (à moins qu'ils soient mauvais en calcul). Par contre, les vrais intermittents précaires, qui touchent des cachets un peu aléatoirement suivant quand ils arrivent à vendre leurs spectacles et qui ont plusieurs employeurs différents, ben eux n'ont pas le choix : ils touchent des vrais cachets, et les dates desdits cachets ne sont pas établies en fonction des critères de l'assurance-chômage ; donc eux peuvent très bien se retrouver éjectés du statut.
En pratique, cette réforme dont personne ne veut n'a donc absolument pas le moins du monde arrangé le problème du déficit du régime spécial... mais en fait le MEDEF souhaite la suppression pure et simple du statut d'intermittent parce que ça les fait chier, c'est pourquoi il maintient un accord non viable en misant sur le pourrissement de la situation. Quant à la CFDT, je ne sais pas trop, je pense qu'elle s'en fout juste (aucun intermittent n'est syndiqué à la CFDT de toute façon) et que ça l'arrange de soutenir le MEDEF dans certains cas pour pouvoir lui arracher plus facilement des concessions dans d'autres dont elle n'a pas rien à foutre.
Et en fait le ministre a argué du fait que c'était un accord entre partenaires privés (l'assédic est un organisme à gestion privée) pour dire qu'il n'y pouvait rien, voire que ça ne le regardait pas (alors que l'accord ne pouvait être valable qu'après avoir été validé par le gouvernement, et que d'autre part la représentativité officielle des syndicats et leur participation à la gestion de l'assédic sont décidées par décret, enfin de toute façon l'assurance-chômage est tout sauf indépendante de l'État, son fonctionnement est entièrement régi par des décrets il me semble... et le régime spécial des intermittents du spectacle est une forme de subvention à la création artistique, et est donc complètement du ressort du ministre de la Culture)