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Lu sur LibéLyon : http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2008/05/le-lyce-la-mart.html
EXPULSION - Les élèves du lycée La Martinière, sur le plateau de la Duchère, ont bloqué leur établissement, vendredi matin. Arrivés très tôt, et très remontés, ils ont expliqué la situation à ceux de leurs camarades qui ne la connaissaient pas, et tout le monde s'est massé devant les grilles pour chanter et crier. Ils protestent contre l'expulsion, prévue demain, d'un de leur camarade, Landry, 23 ans. En BTS de gestion informatique, il doit être renvoyé en Côte d'Ivoire alors que le préfet lui-même a reconnu devant un parlementaire qu'il méritait d'être régularisé. Mais la préfecture préfère l'expulser pour qu'il rentre légalement. Et tant pis s'il perd dans l'affaire quelques mois et son année scolaire. Après deux heures à se chauffer sous le soleil, les lycéens sont descendus du plateau de la Duchère pour rejoindre la préfecture et y faire entendre leur révolte. Les enseignants, qui soulignent la scolarité exemplaire du garçon, sont à leurs côtés, très mobilisés...

Landry est en France depuis 2001. Il est passé par le collège à Villeurbanne, puis a passé un bac S, suivi des études de physique-chimie à la fac, avant de s'orienter sur un BTS. Entré légalement, il a d'abord vécu chez un oncle devenu tuteur. Mais en 2003, il est retourné quelques mois au pays, où son père, opposant, a été assassiné. Lui-même aurait été emprisonné quelques semaines. Puis a réussi à rejoindre la France, avec un passeport d'emprunt. Et pour la préfecture du Rhône, sa trajectoire commence là, donc dans l'illégalité.

En France, Landry vit avec sa copine. Ils doivent se marier à l'automne. Mais le 10 mai, il a été arrêté près d'une station de métro. Très vite, les enseignants, alertés par le réseau Education sans frontière, se sont mobilisés. Des pétitions ont été faxées au préfet, ainsi qu'une déclaration adoptée à l'unanimité par le conseil de classe, et témoignant de ce que Landry, "élève bucheur" selon l'une de ses professeurs, passe en deuxième année de BTS.

Les élèves se sont mobilisés aussi, ont monté des blogs de soutien à leur camarade. Des parlementaires se sont également émus du cas. Pierre-Alain Muet, député socialiste du Rhône, a écrit au préfet et lui a parlé à plusieurs reprises. "Lors de notre premier échange, raconte-t-il, il m'a dit qu'effectivement, c'était un cas qui méritait d'être examiné et qu'il allait faire ce qu'il faut." Puis le parlementaire a appris qu'un "accord" avait été proposé au garçon : il se laissait expulser, et pourrait revenir avec un visa étudiant. Si la Côte d'Ivoire joue le jeu, que Landry récupère là-bas un passeport ivoirien puis un visa de l'ambassade, il aura au moins perdu quelques mois, et son année de BTS. Au passage, les autorité auront en revanche ajouté un bâton aux statistiques des reconduites.

Depuis le début de cette histoire, plusieurs manifestations ont été organisée, la dernière jeudi soir devant la préfecture. Une centaine de personnes seulement étaient là. Mais les élèves les plus mobilisés de La Martinière se sont ensuite réunis, et ils ont décidé le blocage. Vendredi, ils sont arrivés dès 7h30 pour l'organiser. "Landry, c'est quelqu'un de très généreux, d'ouvert, sans histoire, explique l'un de ses copains, qui harangue la foule lycéenne avec un plot de chantier en guise haut-parleur. C'est un citoyen modèle, qui veut réussir son BTS et travailler ici." Le proviseur, Roger Sanchez, aussi professeur de Landry, ajoute que le garçon "n'est pas spécialement brillant mais très bosseur, qui veut vraiment décrocher son BTS".
Devant le lycée, sous le soleil matinal, les lycéens sont chauds comme des bouillottes. "Ils sont très remontés parce qu'ils sont animés d'un sentiment d'impuissance", commente l'une des enseignantes du garçon. Les slogans couvrent sa voix. "Landry, Landry, reste ici !", "laissez le étudier au lieu de l'expulser", ou encore un détournement du cri de ralliement des supporters de l'Olympique lyonnais : "Qui ne saute pas sauve pas Landry", en formant une vague ondulante devant le lycée. Certains mobilisent déjà pour que les lycéens se retrouvent samedi à l'aéroport, en cas d'expulsion.