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Pour mieux comprendre la place des manifestation du samedi 13 juin dans le mouvement interprofessionnel qui dure depuis le début de l'année et de la crise, voici quatre interventions (assez longue, mais les couper c'est stupide, personne n'est obligé de les lire en entier) de syndicats, arbitrairement choisies, et un court décryptage :
Jean-Claude Mailly (FO)
Au lendemain de l'accord sur les deux dates de mobilisation interprofessionnelle le secrétaire général de Force ouvrière, évoque des désaccords entre les huit syndicats.
Au lendemain de l'appel à deux nouvelles journées de mobilisation interprofessionnelle unitaire, les 26 mai et 13 juin prochains, le secrétaire général de Force ouvrière (FO) Jean-Claude Mailly a souligné mardi 5 mai sur Canal + que les huit syndicats n'ont pas été "d'accord sur tout". "L'unité d'action" permet d'être "plus fort", mais "ce n'est pas parce qu'on est dans l'unité d'action, qu'on est d'accord sur tout".
"Nous continuons à dire que ce qui serait le plus efficace ce serait d'appeler à une journée de grève", a affirmé Jean-Claude Mailly. "C'est pas parce qu'on est dans l'unité d'action ensemble, qu'on est d'accord sur tout. C'est la démocratie", a-t-il ajouté.
Le secrétaire général du syndicat soutient qu'il n'a "pas cédé", et que "l'intérêt de l'unité d'action", c'est qu'"ensemble on est plus fort". "C'est pas pour la photo, c'est pour avoir un outil efficace", a-t-il souligné.
"Après il faut trouver les bonnes modalités. Nous, nous continuons à penser - ça n'a pas été possible hier puisqu'ils ne l'ont pas voulu - qu'une journée de grève est nécessaire, et ce sera nécessaire, et d'une certaine manière nous prenons date", a ajouté Jean-Claude Mailly.
Le secrétaire général de FO estime que la journée du 26 mai, "c'est à la carte, c'est pas obligatoirement le meilleur atout". Quant à la journée du 13 juin, "ce sera une manifestation qu'on espère la plus importante possible".
Réunies lundi soir, les huit grandes organisations syndicales françaises ont appelé à deux nouvelles journées de mobilisation interprofessionnelle unitaire, les 26 mai et 13 juin prochains.
Après les manifestations des 29 janvier, 19 mars et 1er mai, ces deux nouvelles mobilisation visent à exiger du gouvernement et du patronat une autre politique économique et sociale face à la crise.
Les huit syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC, FSU, UNSA et Solidaires) ont annoncé leur décision dans un communiqué commun à l'issue d'une réunion intersyndicale de près de cinq heures au siège de la CFTC à Paris.
Les syndicats n'ont lancé aucun mot d'ordre de grève interprofessionnelle pour la journée du mardi 26 mai, laissant aux syndicats dans les entreprises et dans les branches la liberté de fixer les modalités d'action "en fonction de la réalité du terrain dans chaque région", a précisé la CGT.
La journée du samedi 13 juin est en revanche marquée par un appel à des manifestations dans toute la France.
Dans leur communiqué, les syndicats soulignent, selon eux, le caractère "historique" du 1er mai dernier "tant en raison de l'unité des huit organisations syndicales qu'en raison de l'ampleur de la mobilisation au travers de plus de 280 rassemblements dans toute la France".
Les manifestations organisées vendredi dernier à l'occasion d'un 1er mai unitaire pour la première fois dans l'histoire du syndicalisme français ont rassemblé entre 465.000 et 1,2 million de personnes, selon les sources.
Pour les syndicats, cette mobilisation, la troisième depuis la fin janvier, "témoigne d'un enracinement de la mobilisation et de la détermination des salariés, demandeurs d'emplois et retraités à exprimer leurs revendications et à obtenir des réponses".
"Le gouvernement et le patronat auraient tort de les traiter par le déni et le mépris, alors que la crise, le chômage, les licenciements, les suppressions d'emplois et les politiques de fragilisation des services publics les percutent de plein fouet", ajoutent les syndicats.
Les organisations syndicales "appellent solennellement le gouvernement et le patronat à prendre en compte l'ampleur de ces rassemblements qui expriment inquiétude, désarroi et profond sentiment d'injustice".
Les syndicats précisent qu'ils formuleront "dans les prochains jours des propositions sur lesquelles ils attendent des réponses rapides du gouvernement et du patronat". Avec leur décision et leur communiqué commun, les organisations syndicales sont parvenues lundi soir à maintenir un front unitaire constitué depuis la fin de l'année 2008.


François Chérèque (CFDT) : «On a pris des décisions à huit, il faut les assumer»
Le secrétaire général de la CFDT répond aux critiques de FO sur le mode d'action choisi. Et appelle à la mobilisation pour faire pression sur le gouvernement et le patronat.
Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a estimé samedi, au matin d’une nouvelle journée de manifestations, que la mobilisation était nécessaire pour faire pression sur le gouvernement et le patronat, et a appelé à assumer les décisions prises en intersyndicale.
«On a pris des décisions à huit, je les assume. Aujourd’hui les salariés ont besoin d’entendre les syndicats de façon unitaire (…) après on en tirera les leçons, mais assumons les décisions qu’on a pris ensemble», a déclaré sur France Info le dirigeant CFDT.
M. Chérèque était interrogé sur les doutes émis par le leader de Force ouvrière Jean-Claude Mailly quant à l’efficacité de journées de manifestations répétées.
Pour le leader de la CFDT, il est «important qu’on montre notre détermination pour qu’il (le gouvernement) fasse plus». «Je demande à l’Etat, face à ses prédictions catastrophiques, de se rendre compte que tout ce qui est fait aujourd’hui est insuffisant», a-t-il déclaré.
François Chérèque a également appelé le patronat «à s’engager dans cette crise» en rappelant que des négociations avec ses représentants se déroulaient actuellement.
Samedi, des manifestations sont prévues dans un grand nombre de villes françaises à l’appel des syndicats CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires et Unsa. C’est la cinquième journée de mobilisation unitaire depuis le début de l’année. La dernière journée d’ampleur, le 1er mai, avait réuni près de 1,2 million de manifestants, selon les syndicats (456.000 selon la police).


Mohamed Oussedik(CGT)
"Il y a eu des millions et des millions de personnes qui ont manifesté, et il y en aurait beaucoup aussi demain. Je crois que le problème de vient pas de la lassitude des salariés et des retraités des manifestent, le problème vient d'un gouvernement et d'un patronat qui ne se résoud pas à entendre et à répondre aux revendications.
Le plus important aujourd'hui, c'est qu'il y a huit français sur dix qui soutiennent les mobilisations en cours. [La CGT] va certainement proposer d'autres mobilisations, avec d'autres formes. On entrevoit d'ores et déjà une perspective d'action à l'automne autour de l'emploi industriel. Les salariés ne comprendraient pas aujourd'hui qu'une organisation syndicale puisse trouver des prétextes, au motif que les formes de mobilisation ne conviendraient pas, pour sortir d'un mouvement. Toute autre forme visant à soi-disant généraliser la grève, je crois que c'est plutôt pour l'affaiblir que pour renforcer l'action des salariés.

Annick Coupé (Solidaires) : «Il faut un affrontement global avec ce gouvernement»
Annick Coupé est porte-parole de l'union Solidaires, qui revendique 90.000 adhérents et rassemble notamment les syndicats Sud. Partisan de
la grève générale reconductible, Solidaires soutient l'intersyndicale depuis six mois.
- La journée du 13 juin risque de peu mobiliser. Les divisions apparaissent au grand jour. Le mouvement est-il en train de mourir ?
- Il n'est évidemment pas mort. Mais il y a un problème de stratégie, qui remonte au 19 mars. Ce jour-là, nous avons eu encore plus de monde dans les rues que le 29 janvier, ce qui n'était pas acquis d'avance... Pourtant, le lendemain, il n'a pas été possible de dégager dans
l'intersyndicale une stratégie pour monter d'un cran la mobilisation sociale. C'est ce qu'il aurait fallu faire: nous avions alors proposé une grève générale reconductible, mais nous sommes minoritaires. Que s'est-il passé ensuite? Le gouvernement, qui avait un tout petit peu bougé en février mais de façon très marginale avec de toutes petites mesures, n'a rien donné après le 19 mars! Sarkozy et Fillon ont même dit qu'ils n'augmenteraient pas le Smic, qu'ils ne reviendraient pas sur les suppressions d'emploi dans la fonction publique. Mieux, ils ont même annoncé de nouvelles coupes pour 2010! Le gouvernement a fait la sourde oreille. Résultat, le 26 mai, il n'y avait pas de mot d'ordre
national de manifestations et de grèves: il y a eu quelques initiatives ici ou là mais qui n'avaient rien à voir par rapport aux enjeux globaux... Aujourd'hui, le bilan de ce qui s'est passé depuis six mois est simple: malgré des mobilisations de 24 heures très fortes, gouvernement et patronat n'ont rien cédé sur l'essentiel, et ne changent pas de politique. Il faut un affrontement global avec ce gouvernement.
- Pourquoi a-t-il été impossible de «monter d'un cran»?
- Il y a une contradiction très importante. D'un côté, l'unité syndicale est un élément important pour construire le rapport de forces: si les journées du 29 janvier et du 19 mars et même du 1er mai ont été des succès, c'est en partie grâce à l'appel unitaire. Mais en même temps, la plupart des organisations rechignent et ne veulent pas construire un mouvement d'ensemble plus fort.
- Par prudence excessive? Par frilosité?
- Certaines organisations ont peur d'être débordées ou craignent un affrontement politique avec ce gouvernement. Certaines pensent qu'il n'y a pas de force politique susceptible de porter cette colère sociale. D'autres espèrent que des espaces de négociation politique vont s'ouvrir avec le gouvernement... ce qui n'est pas du tout le cas en ce moment! Nous voulons conserver ce cadre unitaire, Solidaires ne peut pas se permettre de le casser... et en même temps ce cadre unitaire n'offre pas aujourd'hui de perspectives à la hauteur des enjeux.
- La contestation monte dans vos rangs. La comprenez-vous ?
- La question de l'unité syndicale est chez nous discutée en permanence et nous allons aux réunions intersyndicales avec des mandats de nos adhérents. Nous ne sommes pas attachés à l'unité pour l'unité, mais il faut que l'unité soit utile à quelque chose. Elle a été utile mais désormais il y a une vraie difficulté.
- FO pourrait-elle quitter l'unité syndicale ?
- Les contradictions sont présentes dans toutes les organisations. Je ne sais pas ce que fera FO. Ce que je sais, c'est que FO a beaucoup traîné des pieds pour que l'on se voie au lendemain du 13 juin, même pour tirer un bilan. A la date ou je vous parle [jeudi 11 juin à 15 heures, ndlr] nous n'avons pas pris de décision de nous revoir: la question reste ouverte. Cela dit, la plupart des organisations souhaitaient qu'on puisse se revoir, au moins pour tirer un bilan, ce qui me semble normal: on a appelé ensemble depuis six mois à des journées d'action, il me semble logique qu'on en fasse ensemble le bilan! Il serait quand même assez incompréhensible que FO ou une autre organisation se refuse à ça!
- Solidaires pourrait-il aussi quitter le mouvement?
- De vraies questions se posent sur les suites en termes de stratégie, alors bien sûr on s'interroge... Mais nous n'avons pas décidé de quitter l'intersyndicale.
- En tant que partisane de la grève générale, vous ne devez pas quand même être très à l'aise dans cette intersyndicale...
- Non, ce n'est pas très confortable. [Elle rit]. C'est même un euphémisme!
- Vous perdriez beaucoup si vous quittiez le mouvement?
- Non, pas grand-chose. Si ce n'est que ça ferait plaisir à certains de nous montrer comme ceux qui cassent l'unité et le gouvernement serait
enchanté de montrer que, décidément, ces gens-là ne veulent rien construire. Mais c'est secondaire. Notre objectif est de construire des rapports de force. Vu ce que nous pesons, vu le paysage syndical, nous ne les construirons pas tout seul. Quitter l'intersyndicale pour une question de posture, parce qu'on serait plus à l'aise, ne contribuerait pas à construire ce rapport de forces. Alors même si c'est difficile, même si c'est pas toujours très confortable, nous n'allons pas abandonner cet enjeu de l'unité.
- La CGT et la CFDT ont-elles été trop accommodantes envers le pouvoir?
- Elles ont une responsabilité forte parce que ce sont les deux plus importantes organisations dans le pays. Mais il faut bien constater aussi que du point de vue des revendications nous n'avons pas de réponse! A ce stade, nous n'avons pas gagné sur nos revendications, que nous avons recensées dans une liste fin mai [revalorisation du Smic, suppression du bouclier fiscal, un plan pour l'emploi des jeunes, négociations avec le patronat sur l'emploi et les salaires...].
Toutes les organisations doivent aujourd'hui se poser des questions. Certaines disent que la crise sera longue et dure. Bien sûr. Là où nous
avons une différence, voire une divergence, c'est qu'elles disent “il faut être capable de durer”. Je leur réponds que si nous ne faisons pas
de propositions concrètes pour amplifier le mouvement, on risque de voir les salariés se décourager...
- Vous sentez le découragement monter?
- Il y a une certaine amertume dans les équipes les plus mobilisées et chez les plus militants. En même temps, les raisons de la colère sociale sont encore plus fortes aujourd'hui qu'au début de l'année. Et à la rentrée, la colère ne sera pas moindre...
- Que va-t-il se passer après le 13 juin?
- L'enjeu de cette journée, c'est de montrer que le gouvernement n'en a pas fini avec la mobilisation sociale. Plus nous serons nombreux le 13, plus cela résonnera comme un avertissement à l'égard de Sarkozy et du patronat. C'est une façon de montrer qu'il y a encore une volonté d'être dans la rue et que cette volonté, on la retrouvera dès la rentrée.
- Déciderez-vous dans les prochains jours d'une date de manifestations à la rentrée?
- Non, je ne me fais pas d'illusions là-dessus. Tout le monde va dire qu'il faut laisser passer la période des vacances. D'ailleurs, je ne suis pas sûre qu'il serait très pertinent de fixer une date en septembre ou en octobre. Nous souhaitons profiter de cette période qui marque la fin d'un premier cycle de mobilisations pour essayer d'en tirer un bilan et de s'interroger sur l'avenir. Nous voulons aussi en profiter pour débattre avec les autres militants syndicaux et surtout au plan local dans les entreprises. On n'arrivera pas à régler le problème de stratégie syndicale s'il ne se passe plus rien à la base, c'est clair.
- L'UMP victorieuse, le PS talonné par Europe Ecologie... Le résultat des européennes pèse-t-il sur le mouvement syndical?
- Bien sûr. Le monde social et le monde politique ne sont pas étanches. Je constate aussi un grand désintérêt pour ces élections, notamment chez les jeunes et parmi les couches populaires. Le débat politique aujourd'hui est assez déconnecté de la réalité de ce que vivent les gens au quotidien. Ce n'est pas ça qui empêche des mobilisations fortes.
Dans les prochaines semaines et les prochains mois, la stratégie du gouvernement va être de continuer d'attaquer sur tous les terrains en même temps, la répression, le sécuritaire... Une semaine après ces élections, il peut faire valoir un rapport de force qui lui est favorable. Mais quand on regarde le nombre de gens qui sont allés voter, la légitimité est plus que douteuse.


Pour résumer, alors que l'intersyndicale n'a pas appelé à la grève depuis le 19 mars (le 1er mai, 26 mai et 13 juin n'étant que des journées de manifestation), FO estime qu'il faut une journée de grève pour relancer le mouvement. Dans beaucoup de département, FO ne s'est pas jointe aux appels départementaux à manifester, estimant qu'une nouvelle journée de manifestation sans grève était inutile.

La CFDT insiste sur l'importance du cadre unitaire, et veut, par de nouvelles manifestations, montrer au gouvernement qu'il doit faire plus.

La CGT propose de changer de forme de mobilisation à l'automne, et critique à la fois le retrait de FO, et l'idée, selon elle contre-productive, de la grève générale.

Solidaires (ben oui quand même) déclare que même si l'unité des organisations syndicales a permis des journées de manifestation réussies, il faut monter d'un cran avec des affrontements globaux. L'unité syndicale ne sert à rien si elle ne permet pas d'avancer, mais Solidaires n'envisage pas encore de quitter l'unité intersyndicale. Sans grève générale, on risque de voir les salariés se décourager.