1

L'art de préparer une dissertation

Petite notice à l'usage des élèves de la quatrième à la terminale, et pourquoi pas après.


Note liminaire :
Cette notice n'est pas universelle. Elle est le fruit de travail personnel, certains enseignants peuvent la trouver suffisante, d'autres pas du tout.
Elle n'est en aucun cas un travail abouti, plutôt un ensemble d'indices destinés à apporter des éléments à l'élaboration d'un travail construit.


I. Avant de commencer
C'est le travail de préparation qui est le plus important dans la dissertation. Si ce travail est bien réalisé, la rédaction se passera très vite. Bien entendu, avec l'habitude, une bonne connaissance du sujet ou simplement une absence de temps, on peut réduire ce temps de préparation. Nous verrons à la fin quelques techniques pour aller plus vite.

Le travail de préparation va être différent suivant les conditions de rédaction : si la rédaction se fait dans un lieu clos en temps limité, on n'aura pas les mêmes possibilités que si elle a lieu sans contraintes.

Pour commencer, bien analyser le sujet, la citation proposée ou la problématique soulevée. Bien peser le sens de chaque mots. Si on a un dictionnaire à disposition, ne pas hésiter à s'y référer et en cas d'opposition avec l'idée qu'on se faisait, se demander pourquoi il y a différence de définition : ça peut parfois apporter des idées de direction de réflexion.

Une fois qu'on est certain d'avoir bien cerné le sujet, on peut se demander aussi s'il n'y a pas une raison particulière au choix de ce sujet par le ou les enseignant(s) (une référence à un texte étudié en cours d'année, à une page de l'actualité, à une commémoration, un travail préliminaire à une réflexion plus profonde – et c'est assez fréquent : on fait travailler l'élève sur un sujet pour aiguiser sa curiosité avant d'aborder le sujet en cours). Mais attention, il ne faut pas non plus extrapoler au risque de se tromper radicalement de direction.

A ce moment s'intercale un moment de recherche qui n'est possible que dans deux cas de figure : lorsqu'il s'agit d'un travail à effectuer à la maison, ou en cas de « cross-dissert » (l'épreuve se déroule alors sur une journée, découpée généralement en deux : le matin, les participants sont libres d'effectuer des recherches, parfois en groupe, comme ils le désirent, l'après-midi est consacré à la rédaction en individuel). Si on a le temps, on peut se permettre de flâner, de lire sur des ouvrages traitant du sujet parfois de loin, de voir dans les encyclopédies ce qu'il est dit sur le sujet avec d'ouvrir ses connaissances. Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège d'Internet, où on peut trouver du très bon, mais aussi du très mauvais – et ce sans aucune distinction – et où on peut avoir facilement tendance à se perdre (alors qu'on peut toujours de faire aider dans ses recherches par un documentaliste ou un bibliothécaire si on fait l'effort de se déplacer).

Une fois que ce travail a été fait, on peut s'intéresser au contenu. Un bon remue-méninges est ici nécessaire. Prévoir une feuille blanche, et noter en vrac toutes les idées qui peuvent venir sur le sujet ainsi que les associations entre ces idées même si elles paraissent évidentes sur le moment (ne pas mettre un simple trait entre deux idées, un ou deux mots d'explications sont bienvenus).
C'est aussi dans cette phase qu'il faut trouver des illustrations à ces idées. A propos des illustrations, ils est fortement déconseillé d'illustrer par rapport à une création personnelle ou par rapport à un vécu propre (sauf si c'est explicitement demandé). Par contre, on peut utiliser ce genre d'idées de façon plus subtile, sans pour autant explicitement s'étaler, afin de montrer qu'on a une connaissance personnelle du sujet.

Cette phase peut être très longue. Suivant les capacités de rédaction de chacun, elle peut prendre de une demi-heure à deux heures, parfois plus.
Quand la feuille est bien remplie et qu'on commencer à ne plus avoir d'idées, il faut commencer à ordonner tout ça. Faire des familles d'idées, qui définiront probablement les grands axes le la dissertation. Et une fois que tout est ordonné proprement, se dessine devant nos yeux ébahis : le plan !

Le sacro-saint plan, clé de la dissertation. Le plan classique est, schématiquement : « oui » ; « non » ; « peut-être ». L'ordre de ces trois points n'est pas anodin, puisqu'il va faire être défini suivant l'orientation de votre travail :
« oui » ; « non » ; « peut-être » - Le débat n'est pas facile à trancher, donc on préfère prendre un parti plutôt neutre, orienté discrètement vers le « non ».
« non » ; « oui » ; « peut-être » - Le débat n'est pas facile à trancher, donc on préfère prendre un parti plutôt neutre, orienté discrètement vers le « oui ».
« oui »; « peut-être » ; « non » - Le débat est clair : on va clairement à l'encontre de la proposition du sujet.
« non »; « peut-être » ; « oui » - Le débat est clair : on va clairement dan le sens de la proposition du sujet.

Bien entendu, c'est très simpliste.
Si l'on n'a pas de certitudes, si le sujet n'est pas maîtrisé, si l'on ne dispose pas assez d'exemple, il faudra certainement par la force des choses s'orienter vers une des deux premières solutions. Si par contre on a de quoi argumenter des deux côtés de façon intéressante, on peut choisir un des deux derniers. Mais il faut savoir qu'à ce moment là on prend le risque d'aller à contre courant des idées générale, voire de se tromper carrément.

Une fois qu'on sait quelle direction prendre, qu'on a bien défini ses objectifs, qu'on a choisi ses exemples, il faut mettre directement la phase de recherche d'idées et le plan en corrélation.

Et là arrive le dilemme : certaines idées nous intéressent, mais n'entrent pas dans le moule du plan.
Un difficile choix se fait alors :
On peut choisir d'aborder quelques idées « annexes » dans l'introduction ou dans une première partie présentant quelques définitions. Mais on risque dangereusement le hors sujet si on en met trop, ou d'avoir une annotation cinglante du correcteur si on le frustre sans approfondir un sujet qu'il aurait aimé, lui, voir développer.
On peut choisir d'écarter définitivement les idées « annexes », au risque d'avoir un commentaire, cette-fois ci frustrant pour le candidat, indiquant qu'on aurait pu, quand même, aborder tel ou tel point alors qu'on s'est contenu pour ne pas faire un hors sujet.

Sur ce point, la chance et la maîtrise du style y sont pour beaucoup, je ne vais donc pas apporter de décision.

Une fois que le plan est défini, on peut commencer la rédaction.

II. Rédigeons !

Pour rédiger, il existe deux méthodes. La première est le canon scolaire, qui consiste d'abord à rédiger introduction et conclusion (sur une feuille séparée, bien sûr, on ne va pas écrire le développement à la suite de la conclusion) afin de se créer des limites. Très utile et pratique quand on n'a pas l'habitude de la dissertation.
La seconde est celle que je préfère, parce que plus libre, mais plus dangereuse. On écrit l'introduction, puis le développement, et enfin la conclusion, ce qui permet de diverger un peu des objectifs premiers si on se rend compte pendant la rédaction que, finalement, son point propre de vue a changé (à son paroxysme, cette méthode consiste à écrire le développement avant non seulement la conclusion mais aussi l'introduction).

L'introduction ne doit pas être trop longue. Ni trop courte. Idem pour la conclusion. Et si l'introduction est souvent plus facile à rédiger, il faut faire attention à ne pas trop développer en son sein. On doit y retrouver la problématique, que l'on peut rerédiger ; s'il y a une citation, elle doit y apparaître ; on y laisse entrevoir le plan (certains préfèrent même que le plan soit clairement énoncé – pour ma part, j'estime que ce n'est indispensable que dans le cas d'une rédaction destinée à être déclamée), et parfois, s'il n'y en a pas trop, quelques éléments « annexes », comme une ou deux idées qu'on ne suivra pas, mais que l'on cite à titre de curiosité – ce qui peut aussi se faire dans la conclusion.

Pour la conclusion, l'exercice est plus difficile : il faut arriver à faire passer son opinion (ou sa non opinion) sans dire « Moi, je ». Pour ça, il faut résumer la dissertation de façon concise en quelques phrases et en choisissant une présentation telle que l'avis que l'on a soit clair mais ne paraisse pas tranché (pour montrer que l'on est ouvert à la discussion). Quant à l'ouverture sur une autre problématique, il faut faire très attention. Si cette nouvelle problématique sait être pertinente et originale, fonçons ! Sinon, on risque toujours la remarque cruelle disant que l'on aurait pu aborder ceci dans la dissertation.

Si on a bien établi un plan, la rédaction doit aller rapidement. Mais on n'est pas obligé de respecter le plan tripartite de façon systématique. Une première partie supplémentaire, où on définit certains mots afin de partir en accord avec le correcteur peut être indispensable. (Attention cependant à ne pas se cantonner à un paragraphe de type dictionnaire ! Il faut que ça reste rédigé et dans la fluidité du reste du travail.) Les enchaînements sont aussi à soigner. Ils peuvent se faire dans des paragraphes séparés ou plus naturellement en fin de chaque grande partie, en guise d'ouverture vers autre chose.

Parlons à présent de ce qui va faire le liant, ce qui va faire que le correcteur va être intéressé ou non par le travail fourni : le style.

Pour ce faire, il est bon de rappeler quelques points :
- Une dissertation est un devoir de français, et doit donc être rédigée en français. Exit (c'est du latin, exit, pas de l'anglais !) le SMS, exit le franglais, exit les tournures orales (bien qu'elles puissent parfois avoir un intérêt : attirer l'attention sur un point précis en employant un style en opposition avec le reste du devoir) et enfin exit l'orthographe approximative ; dans le pire des cas, cherchez un sino... un synoni... un sy... un mot de même sens dont l'orthographe est connue.
- Une dissertation n'est ni un article de journal (on ne signe pas), ni un roman (il n'y a pas de division en chapitre), ni un extrait de textes de loi (il n'y a pas de « petit a », « grand 1 »...).
- Evitons les phrases en cascade. Vous pouvez rester scolaire et préférer la structure élémentaire sujet-verbe-complément si ça peut éviter de rendre votre dissertation incompréhensible.
- Rendons à César ce qui est à César : toute citation doit avoir un auteur. Si on a un doute, on peut utiliser une « contextualisation » comme par exemple « un auteur français du XVIIIe siècle », ce qui est tout de même mieux que rien.
- Victor n'est pas ton pote, ni ton directeur. On ne dit pas « Victor » ou « M. Hugo » pour parler de Victor Hugo. Si on a peur des répétitions, on peut biaiser en disant « l'auteur des Misérables ».
- Evitons le vocabulaire trop beau pour être honnête. Employer un mot « qui fait bien » au milieu d'une phrase en style « commun », ça fait un peu caviar sur les raviolis. Une dissertation n'est pas là pour montrer tout ce qu'on sait, mais pour indiquer qu'on est capable de faire une recette qui réussit.
- « On », c'est le pronom des menteurs ; « On » on le met dans le cabanon. Autant que faire se peut, évitons les tournure indéfinies à la troisième personne du singulier (ce qui ne veut pas dire qu'on n'ait pas le droit d'employer de tournures impersonnelles), sauf dans certains cas. (On peut dire que cette notice ne respecte pas cette règle, c'est vrai, mais c'est volontaire afin de lui éviter un aspect trop pédant.)

III. Quelques techniques pour aller plus vite
La préparation peut-être fastidieuse, rébarbative, ou tout simplement impossible dans les délais que l'on s'est fixé. Il existe, afin d'éviter cette préparation, des techniques très simples.

- Lisez beaucoup, enrichissez votre culture personnelle.
Si vous lisez beaucoup en dehors des ouvrages imposés dans votre cursus, vous aurez l'esprit aiguisé, les exemples viendront plus facilement, les éléments de comparaison aussi. De la même façon, si vous avez une culture artistique et générale riche et variée, de nombreuses portes s'ouvrent, comme par exemple la possibilité de faire un travail de comparaison entre différentes formes d'art.

- Ne perdez pas de temps
Dès que le sujet est écrit ou dévoilé, soyez à deux cent pour cent. Organisez et synthétisez mentalement. Si vous êtes rapide, la première partie peut se réaliser en quelques minutes. Mais pour ça, il faut avoir déjà fait plusieurs dissertations en ayant respecté et soigné la période préliminaire.

- Mettez-vous en valeur
Vous ne voulez pas perdre de temps ? Orientez la problématique ou la réflexion vers un domaine que vous connaissez, faites des ponts entre les connaissances. Vous y serez plus à l'aise, vous gagnerez en temps, votre style en fluidité. Mais attention au hors sujet et à la facilité qui peut être une entrave à l'ouverture.

- Ecrivez
Le style n'est pas un don, c'est quelque chose qui se travaille. En dehors de vos cours, rédigez, évitez les raccourcis, inventez des histoires. Créez-vous un style propre, soyez critique envers vous-même, relisez-vous. C'est un élément important pour ne pas perdre de temps pendant la rédaction, ne pas chercher la bonne tournure, le bon mot, mais laisser la plume glisser seule sur le papier.

- Acceptez la critique
Relisez avec intérêt les corrections de vos devoirs précédent, évaluez vos progrès faits et à faire. N'hésitez pas à demander conseil à vos formateurs/professeurs/enseignants.
Si tous ces éléments sont respectés, même en restant très scolaire, vous partez pour une dissertation gagnante. Et n'oubliez pas de vous amuser en écrivant, ne prenez pas ça comme un fardeau, mais comme une chance de réfléchir sur des sujets qui parfois peuvent paraître totalement inintéressants au premier abord.
avatar

2

J'attends vos commentaires, si ceci vous a été utile ou pas.
Si je pouvais même avoir des commentaires d'enseignants, je serais comblé (enfin, façon de parler, hein grin)
avatar

3

- Victor n'est pas ton pote, ni ton directeur. On ne dit pas « Victor » ou « M. Hugo » pour parler de Victor Hugo. Si on a peur des répétitions, on peut biaiser en disant « l'auteur des Misérables ».

Utiliser « Hugo » est toléré.
- Lisez beaucoup, enrichissez votre culture personnelle.

Cette partie-là est très importante : il ne faut pas oublier que le correcteur attend de préférence une copie qui "sort du lot". Introduire des lectures personnelles est donc important. Cependant, il est également nécessaire de montrer que l'on a bien saisi les enjeux de ces apports personnels, qu'ils complètent bien la dissertation et pourquoi (bien expliquer leur rapport avec le sujet).
En outre, comme Nil l'a précisé, il ne faut pas hésiter à élargir sa reflexion vers d'autres formes artistiques (peinture, musique ...) qui sont toujours les bienvenues.
avatarMind the gap ?

4

Nil

...

Bravo !

5

J'ai une critique pas très intéressante (dsl), mais la note liminaire est invisible sur la skin choco :-\
Edit : avec du gris foncé au lieu de clair (comme dans l'autre notice) ça passe très bien (par contre ça pose peut-être des problèmes avec une autre skin, je sais pas grin)
avatar« Le bonheur, c'est une carte de bibliothèque ! » — The gostak distims the doshes.
Membrane fondatrice de la confrérie des artistes flous.
L'univers est-il un dodécaèdre de Poincaré ?
(``·\ powaaaaaaaaa ! #love#

6

(merci quand même pour ta contribution grin... je vais voir ce que je peux faire, mais bon...)
avatar

7

C'est à croire que tu es parfait Nil c'est justement ce dont j'avais besoin ! Comment préparer une dissertation. grin
Merci beaucoup pour ton aide !!!

8

Je trouve que c'est très utile ce que tu as fait ! Merci

9

Tiens, j'avais pas vu ça ...

Nil > chapo !
avatarI'm on a boat motherfucker, don't you ever forget

10

c'est extremment utile!! merci beaucoup^^

11

sérieux il y a tout ce qu'il faut la dedans!! MERCI NIL!!!!!!!!!!! ça va beaucoup m'aider!

12

bravo nil trop bien cette notice elle m'aide

13

merci! ça va etre très utile pour toutes mes futures dissert!

14

En effet Nil, merci beaucoup !
Je suis éprise du syndrome de la page blanche et tu as remis du plomb dans ma tête ! merci !!!

15

excellent, merci
avatar

16

merci ^^

17

merci infiniment nil je trouve ca trres interessant si tu as une autre notice concernant le commentaire composé je te serai tres reconnaissant

18

Ah tiens, c'est pas bête, à l'occasion il faudra que je prenne le temps d'en faire une.
Cela dit, tout ce qui est dit pour la dissertation est valable pour les autres formes d'expression, hein smile
avatar

19

Merci Nil
avatargaleren du site ; que le pharaon continu de pleurer car le fennec est deja loin

20

Merci merci, ça va beaucoup m'aider pour que mes notes de philo arrêtent de plonger grin

21

Tiens, si je devais passer le bac demain je relirai ce post ce soir ! (je l'avais lu à l'époque !)

22

(Travaille aussi ta concordance des temps tongue)
avatar

23

The more I speak English, the less I speak French....

Tiens, si je devais passer le bac demain j'aurai relu ce post ce soir ! (je l'avais lu à l'époque !) ??? (je sens que c'est pas ca)

24

pokito (./21) :
Tiens, si je devais passer le bac demain je reliraiS ce post ce soir ! (je l'avais lu à l'époque !)
En fait, c'est pas vraiment une question de concordance, mais à oublier un "s", tu change le temps verbal pour quelque chose qui ne veut plus dire grand chose cheeky
avatar

25