bobo finwe Le 07/06/2003 à 01:16Edité par bobo finwe le 10/07/2003 à 22:06
"Oh, Ferrero..." pense Gonzalez en son coeur tandis qu'il échange des balles avec son amour secret.
- ... pourrais-je jamais t'appeler Juan-Carlos ?
- ... Juanito ?
- ... mon petit pigeon en sucre ?"
Perdu dans ses rêves d'idylle, Gonzales ne ressent nul pincement de dépit lorsqu'il entend les tribunes acclamer la victoire de Ferrero. Tout ce qu'il sait en cet instant, c'est qu'il va bientôt donner l'accolade traditionnelle à cet adversaire maître de ses sentiments. Ses yeux pétillent d'un bonheur larmoyant tant il brûle de saisir dans ses bras le petit pigeon en sucre de ses rêves. Il faut qu'il se déclare, en ce lieu, maintenant ou jamais ! Plein de fougue, il s'élance au milieu du cour et trace un coeur sur la terre battue, levant des yeux miroitants d'espoir sur Ferrero. Mais celui-ci le regarde, un peu surpris. C'est que Gonzalez a oublié qu'il porte encore sa bavette !
Ciel ! Quelle humiliation ! (en plus, il y a des restes de bananes dessus). Il arrache sa bavette d'un grand geste désespéré puis essuie les morceaux jaunes encore collés au coin de sa bouche purpurine, mais si violemment qu'il s'arrache la moitié de la joue. Il découvre alors une large rangée de dents dans des éclaboussures sanglantes tandis que des lambeaux de chaires sanguinolentes se répandent en pluie drue sur tout le terrain. Ferrero sort son parapluie, et comme il a bon coeur, se précipite pour aider la masse barbotant dans son sang.
Mais comme Ferrero s'approche, l'angoisse de Gonzalez grandit à l'idée qu'il va bientôt lui parler en un tel état ; pris de convulsions brutales, il tenta en vain d'articuler un mot et dans son effort, arrose le visage divin d'une giclée de bouts de langue. Aussitôt, il sent ses tripes qui remontent dans son oesophage et elles s'accumulent dans sa bouche jusqu'à ce que ses lèvres explosent et laissent jaillir un flot tumultueux de choses peu râgoutantes.
Eclaboussé tout partout, Ferrero rattrape quand même le corps parcouru de spasmes et recueille ses derniers râles dans des postillonnements de sang qu'il a le tacte de ne pas essuyer.
"Juan-Carlos, articule Gonzalez (sans langue), je t'ai... toujours... aimmmmargl !"
Il retombe, mort. Et tout à coup, un rayon de lumière céleste tombe sur le terrain de Roland Garros, faisant miroiter les ruisseaux de sang qui serpentent à présent sur la terre battue et forment des rigoles gazouillantes. Et ce rayon de pure lumière se concentre sur le corps un peu amputé de Gonzalez, qui se met à briller d'une lueur aveuglante, tant et si bien que son coeur se remet peu à peu à battre. La puissance de l'amour l'a transformé en zombi !
Il vécut longtemps et heureux, hantant les terrains de Roland Garros de son odeur putréfiée et se réjouissant à chaque nouvelle victoire de Ferrero.

"L'essentiel est invisible pour les pieds"
Ark (?)