Synopsis :
Christopher Jonnékine, champion de kickboxing aux Etats-Unis, découvre en la personne de sa demi-sœur, Fanny Ray, une intraitable meurtrière.
En reprenant l’armurerie de son père sauvagement assassiné, il se trouve plongé dans une sombre tragédie.
Arbona et ses acolytes, tueurs à gage sanguinaires sans peur ni pitié, tentent de passer un deal avec Christopher pour une livraison d’armes de contrebande.
Soumis à leurs exigences incontrôlables, Christopher devient la proie d’une impitoyable chasse à l’homme ; une véritable folie meurtrière.
Mais qui se cache derrière cette machination infernale ?
3 Juillet 1994
Les familles Jonnékine et Ray étaient rassemblées pour leurs dix ans de rencontre. C’était une chance que leur maison soit assez grande pour accueillir les trente-deux invités dans le salon. Vers 2h00 du matin, les convives et parents proches commencèrent à repartir. Christopher, le garçon de Victor Jonnékine, était très pensif, on aurait dit qu’il était plongé dix ans en arrière.
- «Eh bien ! mon garçon à quoi penses-tu ?
- Oh ! à rien d’important papa.
- Maintenant que la maison est vide, tu peux aller te coucher. Je débarrasserai demain».
Christopher fit signe de la main à Nadine Ray, la future femme de son père. Par contre, il ne prit pas la peine d’en faire autant à sa demi-sœur Fanny.
Tout commença en 1984, lorsque Victor décida de revenir plus tôt de son travail pour faire une surprise à sa femme. Il dirigeait une armurerie. Il était loin de penser que la surprise ne viendrait pas de lui. En arrivant à son domicile, il fit attention à ne pas faire de bruit. En ouvrant la porte, il découvrit son fils en train de pleurer dans le salon. A l’époque, Christopher n’avait que dix ans.
- «Christopher pourquoi pleures-tu ?
- C’est à cause de maman, elle m’a giflé.
- Mais pourquoi donc ?
- Un monsieur est venu et il est monté doucement dans votre chambre. C’est alors que j’ai demandé à maman qui était ce monsieur…
- Ne continue pas, j’ai compris. Sèche tes larmes, je vais voir ce qui se passe dans la chambre».
Victor monta les escaliers. Il était tellement fou de rage qu’il ne prit pas la peine d’ouvrir la porte ; il la fracassa d’un grand coup de pied et découvrit sa femme ivre dans les bras de l’inconnu.
- «Comment peux-tu faire cela dans notre lit ?
- Tu ferais mieux de repartir travailler mon chéri.
- Toi, tu ferais mieux de suivre une cure. S’il te vient encore à l’idée de frapper Christopher, je te ferai subir les pires souffrances».
Il tira les draps d’un coup et saisit violemment son rival par le fruit du péché. L’homme hurlait de douleur mais Victor continuait de descendre les marches de l’escalier tout en tenant bien fermement le vilain petit oiseau. Il ouvrit la porte et le jeta dehors. Il prit le téléphone et composa le numéro de la police.
- «Police de Burnsville, je vous écoute.
- Je m’appelle Victor Jonnékine, j’habite 8 Country Rd 34, je vous signale la présence d’un individu complètement nu devant chez moi.
- Très bien, je vous envoie une patrouille.
- Merci, Madame mais faites vite s’il vous plaît, il y a des enfants par ici.
- Nous faisons le nécessaire».
Il y avait des dames âgées dans la rue. L'espace d'un instant, leurs rides disparurent, de larges sourires et des yeux pétillants regardèrent l’homme en tenue d’Adam. Une voiture de police l’arrêta et le spectacle prit fin. Victor laissa le choix à sa femme : soit elle suivait une cure de désintoxication, soit ils divorçaient. Bien sûr la solution la plus évidente fut le divorce.
Victor gagna la garde de son fils, quant à son ex-femme, elle décéda un an plus tard dans un accident de voiture. Inutile de vous dire qu’elle n’était pas à jeun. Elle perdit le contrôle de son véhicule dans un virage et fit un saut dans le vide pour aller s’écraser dans le fond de la vallée. On appelle cela tomber de haut. Christopher n’avait que dix ans et il était inscrit dans un club de kickboxing. Son professeur disait de lui qu’il était un enfant différent des autres. Il était très prometteur, et au fil du temps, on constatait le nombre de coupes et de médailles qu’il remportait chaque année. Puis, la presse commença à s’intéresser à lui. Lorsqu’il conquit le titre de champion toutes catégories de son pays, les médias se réjouirent quand ils annoncèrent la nouvelle. Par contre, Fanny sa demi-sœur était loin d’être l’une de ses fans ; elle était jalouse de sa réussite. Mais avant d’arriver au sommet de sa notoriété, la vie de Christopher allait être bouleversée le 3 juillet 1984, jour où son père eut le malheur de rencontrer Nadine Ray. Sa fille s’appelait Fanny et même le diable en personne était un ange à côté d’elle. Victor eut un jour la bonne idée de la présenter à son fils. Pour cela, il fallait qu’ils se déplacent jusqu’à la maison de cette inconnue. Arrivés là-bas, ils descendirent de la voiture et entrèrent dans une demeure un peu bourgeoise. Nadine possédait quelques millions de dollars. C’était une femme très respectée dans son domaine. D'ailleurs, ce n’était pas pour rien qu’ils s’étaient rencontrés : ils avaient une passion commune pour les armes. Son père possédait une armurerie et elle, un musée d’armes à Minneapolis, dans le Minnesota, qui regroupait toutes les époques. Ils s’avancèrent dans le grand hall, Nadine arriva :
- «Je te présente mon fils Christopher.
- Tu sais, ton père m’a beaucoup parlé de toi».
Christopher resta muet devant cette femme qui approchait la cinquantaine. Elle avait quelques rides sur le visage et un nez si long que l’on aurait pu s’en servir comme harpon. Ses cheveux bruns et bouclés faisaient savoir qu’elle portait à ses heures perdues des bigoudis, pour obtenir un résultat aussi médiocre. Bref, elle était de petite taille pour ne pas dire naine, en exagérant. Christopher fit l’inventaire de cette dame et il ne lui trouva pas une once de qualité. Christopher n’apprécia pas ce changement trop brutal. Tout ceci lui faisait peur. Cette femme et cette maison ne lui inspiraient rien qui vaille.
- «Christopher si tu veux, tu peux aller jouer dehors, il y a Fanny qui t’attend.
- D’accord ! ».
Il s’exécuta sans poser de question. Il vit la petite fille en train de se balancer. Elle semblait avoir un an ou deux de plus que lui. Elle était brune aux cheveux courts. Apparemment elle avait hérité du nez de sa mère. Quant à sa dentition elle se rapprochait de celle du cheval. Ses yeux étaient très accolés à son tarin. Il s’approcha d’elle.
- «Que viens-tu faire ici ?
- Je viens faire ta connaissance.
- Je sais que tu es le fils de Victor. Ecoute-moi bien ! Ton père et toi, vous feriez mieux de repartir et de nous laisser tranquilles.
- Moi aussi ça ne me plaît pas du tout que mon père veuille s’installer ici.
- Mauvaise idée car si vous décidez de camper ici, je vous envoie à l’Hôtel de l’Eternité.
- C’est quoi l’Hôtel de l’Eternité ?
- C’est l’endroit où tu dors pour toujours, appelle cela comme tu veux, la mort, le paradis, l’enfer.
- Pourquoi es-tu aussi méchante ?
- Parce que je tiens à garder ma tranquillité.
- Arrête, tu ne me fais pas peur ! Même une mouche se mettrait à rire de toi ! ».
Les années passèrent et Fanny, malgré ses 21 ans, restait en guerre avec la famille Jonnékine. Mais fallait t-il prendre ses menaces au sérieux ? A l’époque elle n’était qu’une gamine. Ce qui était inquiétant, c’est qu’elle avait toujours ce regard plein de haine, même dix ans plus tard.
2 juillet 1994
Christopher se trouvait chez la grand-mère de Fanny. Il n’y avait qu’avec elle qu'il se sentait à peu près bien dans cette famille. Malgré ses 79 ans, elle paraissait pleine de vie. C’était encore une jolie grand-mère pour son âge mais qui avait de sérieux problèmes cardiaques. Elle suivait un traitement que Fanny devait lui apporter d’un moment à l’autre. A l’instant, la porte s’ouvrit et sa petite-fille fit son apparition avec un petit sachet plastique à la main.
- «Tiens, grand-mère, je t’apporte tes gélules.
- Merci bien ma petite, dis-moi pourquoi as-tu l'air si pressée ?
- Je dois partir pour Minneapolis m’occuper du musée.
- Vas-y et ne sois pas en retard.
- A bientôt».
Elle referma la porte et s’éclipsa.
- «Bientôt Fanny reprendra le flambeau de sa mère… Alors Christopher, demain, les parents organisent une fête pour leurs dix ans de rencontre ?
- Oui, veux-tu un verre d’eau pour prendre tes gélules.
- Très bonne idée, je vais avaler ces médicaments avant que mon cœur ne rende son dernier souffle».
Christopher plongea sa main dans le sachet pour en retirer la boîte. Il l’ouvrit et découvrit qu’une tablette était entamée.
- «Il manque une gélule à la tablette, comme si on s’était déjà servi.
- C’est peut-être une erreur de fabrication.
- Je ne pense pas, mais j’irai poser la question au pharmacien».
3 juillet 1994
Les familles Jonnékine et Ray étaient rassemblées pour leurs dix ans de rencontre… La fête terminée, Christopher alla se coucher. Fanny ne tarda pas à en faire autant. Victor et Nadine prirent leurs médicaments et regagnèrent aussi leur lit.
4 juillet 1994
Après une bonne nuit de sommeil, Victor se leva le premier et commença à débarrasser la vaisselle. Après quoi se fut au tour de Nadine d’ouvrir les yeux, quand tout d’un coup, elle entendit un fracas de vaisselle. Elle bondit de son lit et se précipita dans la cuisine. Elle découvrit Victor par terre sans aucun signe de vie.
1.1
Elle hurla en direction de l’escalier pour que quelqu’un lui vienne en aide. Christopher descendit quatre à quatre les marches pour savoir ce qui se passait.
- «Qu’y a-t-il ?
- C’est ton père, regarde il ne bouge plus ! ».
Il se rendit compte très rapidement qu’il fallait faire quelque chose. Nadine était tétanisée et totalement paniquée. Il ne pouvait compter que sur lui-même pour alerter les secours. Alors il courut vers le téléphone et appela. Quelques minutes plus tard on pouvait entendre le bruit d’une sirène qui approchait. Fanny descendit, réveillée par le vacarme de l’ambulance.
- «Que se passe t-il maman ?
- Victor vient de partir à l’hôpital.
- C’est toujours quand on a besoin d’aide que tu n’es pas là !
- Ce n’est pas le moment de vous disputer tous les deux ! Vous feriez mieux de vous préparer en vitesse, nous partons pour les urgences».
Arrivés là-bas ils ne savaient pas si Victor était sorti d’affaire.
Les secondes semblaient terriblement longues. Un médecin arriva enfin.
- «Monsieur Jonnékine a eu un arrêt du cœur, nous avons réussi à le réanimer. Mais nous avons constaté…
- Vous avez constaté quoi docteur ? Venez-en au fait.
- Les battements de son cœur ne cessent d’augmenter et ne suivent pas le rythme. Pour l’instant son état est stationnaire. J’aimerais savoir s’il suivait un traitement ou s’il se droguait ?
- Bien sûr que non ! C’est un homme sain. Le seul traitement qu’il suit est pour ses calculs rénaux. Est-ce qu’il va s’en sortir ?
- Nous cherchons l’origine mais l’analyse de sang nous a signalé la présence de différents acides, ainsi que de l’indoline carboxylique. Ces substances sont présentes dans des médicaments tel que le Trandolapril. Pensez-vous à quelque chose qui puisse nous renseigner et nous mettre sur la piste ?
- D’accord, mais je ne vois pas ; et vous les enfants ?
- Le Trandolapril qu'est ce que c’est ?
- C’est un médicament utilisé pour traiter les maladies cardiovasculaires, s’il y a insuffisance ventriculaire gauche…
- Il ne suit aucun traitement pour le cœur.
- Vous ne pouvez pas le voir pour l’instant. Vous devriez repartir chez vous, nous nous occupons de lui.
- Nous partirons quand nous saurons qu’il est hors de danger.
- Bien, je comprends, je vous tiendrai au courant de l’évolution.
- Merci docteur. Je vais téléphoner à la famille pour prévenir».
Christopher alla prendre un café pour ne pas rester seul avec Fanny. Pourquoi un homme aussi solide que son père avait-il un tel rythme cardiaque ? Même grand-mère avec ses gélules n’avait pas un cœur qui battait aussi vite. Trandolapril, gélules, rythme cardiaque. Tous ces mots semblaient former les pièces d’un puzzle. Il laissa subitement tomber son café et eut une sueur froide. Il s’assit rapidement et murmura :
- «Elle l’a fait ! ».
Oui, Fanny avait pris une des gélules de grand-mère pour l’administrer à Victor. Il revoyait la boîte et surtout ce qui était noté dessus. Trandolapril était bien ce que prenait la doyenne de la famille. Il s’en alla la voir et profita que Nadine était encore occupée au téléphone.
- «Dis-moi, j’aimerais savoir comment tu as fait ?
- Fait quoi ?
- Tu sais…, pour que mon père prenne une gélule fatale.
- Eh bien ! ça n’a pas été très difficile. J’ai eu ce jour-là la brillante idée de prendre un médicament prescrit à ma mamie. Je savais que si j’arrivais à le faire absorber par ton père, au moindre effort son cœur s’emballerait.
- Mais comment es-tu arrivée à ce qu’il prenne cette cochonnerie sans qu’il s’en aperçoive ?
- Comme tu le sais, ton père suit un traitement sous forme de gélules !
- Oui, et alors les siennes ne sont pas de la même couleur que celles de grand-mère ?
- Peut-être pas de la même couleur, mais elles s’ouvrent.
- Laisse-moi continuer : tu as ouvert l’une des gélules de mon père et ensuite tu as mis la poudre de celle de grand-mère dedans.
- Oui, c’est cela, et il ne me restait plus qu'à la remettre au compartiment de vendredi dans sa boîte.
- Vendredi, parce que c’était le jour de leurs dix ans.
- Oui, mais ça n’a pas marché le jour même, seulement le lendemain».
Elle disait tout cela avec calme. Christopher commençait à avoir les nerfs qui se tendaient. Vous avez déjà vu un volcan éteint qui tout d’un coup se remet en éruption ? Eh bien ! c’est ce qui allait se passer. Nadine arriva et demanda de quoi ils parlaient. Le docteur survint et demanda à Christopher de le suivre dans une autre salle. Il était en effet le seul membre de la famille proche. Il était de son devoir de lui annoncer la mauvaise nouvelle.
- «Ton père a fait une rechute, et nous n’avons pas pu le sauver. Je suis désolé…
- Ce n’est pas de votre faute. Je connais la cause à présent. Je vais tout vous expliquer et vous ferez un rapport que vous remettrez à la police».
Après qu’il eut dit tout ce qu’il avait sur le cœur, ses larmes commençaient à couler et il s’en alla dehors prendre l’air. Nadine sortit de la salle d’attente. En voyant Christopher, elle comprit que Victor ne rentrerait plus jamais à la maison. Elle tenta de le consoler de son mieux.
- «Je ne comprends pas, il était si fort !
- Le docteur pense que sa mort n’est pas naturelle. Je lui ai donné l’autorisation de pratiquer une autopsie.
- Tu veux dire qu’on a voulu tuer Victor ?
- Tu croyais que c’était un accident ?
- Qui peut bien lui vouloir du mal ?
- Ta fille !
- Je sais bien que ça n’a pas toujours été l’entente parfaite, mais là, tu exagères !
- Tu peux croire qui tu veux, mais tu risques d’être déçue !
- Je préfère partir et te laisser, tu es trop bouleversé par la mort de ton père.
- Fais attention à toi Nadine, ça va finir par te retomber dessus.
- A plus tard».
Elle s’en alla et commença à pleurer. Toute vérité n’est pas bonne à dire, mais est parfois encore plus difficile à admettre.
Le docteur avait appelé les autorités, mais Fanny n’avait pas attendu pour se faire passer les menottes.
7 juillet 1994
Tout le monde était là pour l’enterrement. Comme l’aurait voulu Victor, la cérémonie serait uniquement civile, car il n’était pas croyant. Donc pas d’église, juste une petite salle prévue à cet effet, pas de discours, simplement un peu de musique classique qu’il écoutait de son vivant. On ne pouvait s’empêcher de pleurer. Les larmes coulaient à flot et après une demi-heure, tout le monde se leva pour le transport du cercueil. Le cortège se forma et avança en direction du cimetière en suivant le corbillard. Un enterrement est une rude épreuve. Tous avaient hâte que la cérémonie se termine. On pouvait remarquer que la famille était au complet, sauf une personne qui n’était certes pas la bienvenue pour Christopher : Fanny n’était pas là. Quelques policiers étaient discrètement présent au cas où elle se montrerait. Le cercueil s’enfonça dans les ténèbres « de l’Hôtel de l’Eternité », comme elle le disait si bien. Le cimetière se vida peu à peu. Tout le monde rentra chez soi mais Christopher resta plus longtemps. Avant de partir, il ajouta pour soulager sa conscience :
- «Papa je te promets que vengeance sera faite devant la justice de ce pays. Si cela ne suffisait pas je la ferais moi-même».
Une voisine put voir Fanny entrer dans sa maison et appela la police. Nadine arriva chez elle et découvrit sa fille occupée à découper un lapin avec un hachoir.
- «Mais que fais-tu Fanny ?
- Tu vois bien que je découpe le lapin.
- Je constate que l’enterrement de Victor ne te fait ni chaud ni froid !
- Je n’y suis pas allée car je n’en avais rien à faire, d’autant plus que la police me recherche.
- Surtout que tout ce que tu as sous les mains trépasse.
- Rien ne t’échappe, tu comprends vite.
- Espèce de garce ! ».
- Nadine la gifla d’une telle force que Fanny faillit trébucher. Au même moment, on entendit une voiture s’arrêter devant la maison. Peut-être s’agissait-il d’invités du voisinage. Fanny n’y prêta pas attention. Elle prit le hachoir dans les mains.
- «Comme tu y tiens tellement à ton Victor, tu vas aller le rejoindre ! ».
Quelqu’un frappa à la porte.
- «Police de Burnsville, ouvrez ! Nous savons que vous êtes là !
- Qu’est-ce qu’ils viennent faire ici ?
- Tu oublies que tu as déjà tué quelqu’un et ils savent que c’est toi.
- Ils ne m’auront pas aussi facilement».
Ils arrivèrent par la porte qui n’était pas fermée à clé, traversèrent le couloir arme au poing, et pénétrèrent dans la cuisine. Fanny était près de la table, avec la hachette à la main.
- «Lâchez cette arme ou nous ouvrons le feu ! ».
Fanny se précipita vers sa mère, pour l’utiliser comme bouclier. Les deux policiers tirèrent, pensant qu’elle aurait achevé sa mère à coups de hachette. Mais ce fut une erreur d’appréciation. Nadine criblée de balles devenait un poids mort pour Fanny qui était toujours réfugiée derrière elle. Etant à côté de la cuisinière, elle ouvrit le gaz sans qu’ils s’en aperçoivent. Elle jeta la hachette tant bien que mal en direction d’un des policiers qui la reçut en plein visage. Cela la fît rire de bon cœur. Elle ajouta :
- «On se fend la poire ! ».
Le gaz envahit rapidement l’atmosphère. Nadine étant trop lourde pour Fanny, elle la lâcha. Le corps sans vie tomba comme une masse sur le carrelage. Fanny était dans la ligne de mire du policier. Elle regarda alors la porte vitrée et commença à courir dans sa direction pour passer au travers. Le policier ouvrit alors le feu et se rendit compte trop tard de l’odeur du gaz. Le percuteur de l’arme tapa sur le culot qui enflamma la poudre à l’intérieur de la chambre du canon pour en expédier la balle. Mais l’inconvénient fut que ça embrasa aussi le gaz… Fanny eut à peine touché la vitre, que la déflagration de l’explosion la projeta dehors d’une force telle qu’elle ne se releva pas. Les voisins sortirent de leurs maisons et découvrirent un corps étalé sur la pelouse, devant la maison en feu. Un des témoins appela les secours qui arrivèrent un moment plus tard. Une ambulance et un véhicule de pompiers se rangèrent face à la maison. Ils déroulèrent leurs tuyaux pour arroser les flammes qui sortaient de la cuisine. Les ambulanciers se précipitèrent vers Fanny qui était immobile sur la pelouse. Le dos de sa chemise était carbonisé et lui collait à la peau. Son jean, par contre, n’avait rien. Ses cheveux, qui d’origine n’étaient pas frisés, l’étaient maintenant. On pouvait même dire qu’ils sentaient le roussi. Des éclats de verre étaient plantés ici et là. Bref, elle n’était pas au mieux de sa forme. Les ambulanciers se chargèrent de lui administrer les premiers soins avant de l’installer sur le brancard. Arrivée à l’hôpital, elle fut conduite immédiatement au bloc opératoire pour que ses brûlures soient soignées et les morceaux de verre extraits de ses chairs.
Les pompiers réussirent à éteindre le feu et, à l’intérieur de la maison, découvrirent trois corps carbonisés. La police boucla le secteur et donna l’ordre de ne pas bouger les victimes. Deux des corps tenaient une arme à la main, et l’un d’entre eux avait un hachoir planté en pleine tête. Le dernier corps était criblé de balles. Il était impossible de reconnaître les visages. L’un des inspecteurs savait que deux des victimes étaient des policiers. Ce n'était pas difficile à remarquer, car leur voiture de fonction était stationnée devant la maison. On pouvait voir distinctement que c’étaient des policiers grâce à leurs ceinturons de cuir et à leurs badges en acier qui, bien sûr, n’avaient pas fondu. L’inspecteur donna ses ordres.
- «Prenez les pièces à conviction, les badges de police et vérifiez les identités.
Quand cela sera fait, avertissez les familles et tenez-moi informé. J’ai vu une photo d’un jeune homme. J’aimerais savoir qui il est. Trouvez-moi aussi un répertoire téléphonique et renseignez-vous sur les personnes qui vivaient ici.
- Inspecteur, la jeune fille qui a été emmenée à l’hôpital est saine et sauve.
- Que savez-vous d’autre ?
- Elle s’appelle Fanny Ray et devait être arrêtée aujourd’hui pour meurtre. D’après une déposition faite récemment à la police, elle aurait empoisonné le concubin de sa mère.
- Y a-t-il des preuves accablantes contre elle ?
- Une autopsie a révélé que Victor Jonnékine n’est pas mort naturellement.
- Jonnékine ! Ne serait-il pas parent avec le jeune garçon qui fait des merveilles avec ses pieds et ses mains en Kickboxing ?
- Oui, c’est son père. Mais ce n’est pas tout, l’arme du crime aurait été une simple gélule.
- Pouvez-vous me résumer l’histoire ?
- Fanny Ray aurait dérobé une gélule à sa grand-mère pour l’administrer à Victor Jonnékine. Ces médicaments accélèrent le rythme cardiaque. Quand il s’est levé le matin, le moindre petit effort lui a été fatal.
- Je lirai votre rapport en entier demain matin. C’est du très bon travail.
- Inspecteur !
- Oui ?
- C’est moi qui étais sur cette affaire et qui ai envoyé les deux policiers.
- Ce qui est arrivé n’est pas de votre faute».
Grâce à l’informatique, l’identité des deux jeunes policiers qui avaient succombé à ce drame fut vérifiée. Les familles furent averties immédiatement. Chaque victime avait une femme et des enfants.
- «Inspecteur, si vous le souhaitez nous pouvons avoir Christopher Jonnékine en ligne.
- Très bien. Composez le numéro et passez-le moi».
Il prit le portable de son collègue pour entamer un dialogue. Il entendit une sonnerie, puis deux, et quelqu’un répondit.
- «Armurerie Jonnékine bonjour.
- Bonjour, ici la police de Burnsville.
- La police ?
- Oui, je vous appelle de la maison de madame Nadine Ray où il s’est produit un incendie.
- Y a-t-il des victimes ?
- Justement, j’ai besoin de vous pour identifier un corps… D’ici une heure à l’Institut médico-légal.
- Vous pensez qu’il s’agit de qui ?
- Pour tout vous dire, je crois que c’était madame Nadine Ray.
- D’accord, je viendrai.
- Merci, à bientôt».
Christopher avait reprit l’armurerie de son père sans attendre d’en hériter. Il savait que son père aurait voulu que ce soit ainsi, et le notaire était d’accord.
L’inspecteur Maxwell s’occupait de cette affaire. Il était de grande taille avec des cheveux bouclés, et avait l’air très sûr de lui. Après avoir téléphoné à Christopher, il s’en alla à l’hôpital interroger Fanny. Arrivé sur les lieux, il se dirigea vers les urgences. Il entra dans un grand hall et s’adressa à l’infirmière, située derrière le comptoir marqué : «Accueil».
- «Bonjour ! Inspecteur Maxwell, je voudrais voir mademoiselle Fanny Ray.
- Quand a-t-elle été hospitalisée ?
- Aujourd’hui vers 16h30.
- Je ne la vois pas inscrite sur ma liste.
- Ecoutez ! Faites un effort, c’est une jeune fille rescapée d’un incendie.
- Oui, je me souviens d’elle, elle a même planté un stylo dans le bras d’une de mes collègues.
- Oui, c’est sûrement elle.
- Elle doit être aux soins intensifs. Vous continuez tout droit, premier étage à gauche en sortant de l’ascenseur.
- Merci.
- Faites attention à vous, elle n’est vraiment pas très nette.
- C’est pour cela que je suis là».
Il monta à l’étage et arriva dans le service.
- «Bonjour, je suis de la police, j’aimerais interroger mademoiselle Fanny Ray.
- Comment ! Vous ne le savez pas ?
- Pas quoi ? Elle est morte ?
- Non, elle a été transférée dans un hôpital psychiatrique, ses blessures ne sont que superficielles.
- Pourquoi a t-elle été transférée là-bas ?
- Pour vous résumer : elle souffre d’un grand trouble qui la perturbe énormément, elle est dangereuse pour les autres. Elle a blessé une de nos infirmières et a failli se tuer.
- Comme vous le savez, elle est soupçonnée de meurtre. Je voudrais savoir si son état psychique peut s’améliorer.
- Je vous interromps pour vous dire que quoi qu’elle ait pu faire, une fois qu’elle sera rétablie, elle sortira de là-bas, libre comme un oiseau.
- Pensez-vous qu’elle se rétablira un jour ?
- Je ne suis pas psychiatre.
- Merci beaucoup, docteur».
Il sortit de l’hôpital pour aller à la morgue. Sur la route, il prit son téléphone portable pour avoir des renseignements sur l’état de santé de Fanny, savoir combien de temps elle resterait enfermée.
Christopher était déjà sur place et avait déjà examiné le corps.
- «Bonjour, je suis l’inspecteur Maxwell.
- Bonjour inspecteur. J’ai identifié le corps et je vous affirme que c’est bien celui de ma belle-mère.
- En êtes-vous certain ?
- Ça n’a pas été facile. Mais quand vous voyez quelqu’un chaque jour de votre vie pendant 10 longues années…, je vous prie de croire que c’est bien elle.
- D’accord, je vous fais confiance. Je dois vous parler de votre demi-sœur Fanny.
- Si elle est morte, pour moi c’est une bonne nouvelle.
- Non, elle est saine et sauve. Elle est actuellement à l’hôpital psychiatrique.
- Cela ne m’étonne pas !
- Pour tout vous dire, elle souffre de diverses brûlures au dos ainsi qu’à la tête. Elle paraît rencontrer de gros problèmes psychiques.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’elle est folle.
- La mauvaise nouvelle, c’est qu’une fois qu’elle sera jugée, elle sera considérée comme dangereuse et restera là pour un temps indéfini. Qui sait, elle ne ressortira peut-être jamais.
- Vous essayez de me dire que c’est parce qu’elle est dans un hôpital psychiatrique, qu’une fois rétablie, elle risque de ressortir sans problème ?
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