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L'Aube de la Nuit est un roman qui mélange fantastique et science fiction, combinant une approche scientifique de la spiritualité à un univers futuriste comprenant voyages spatiaux, nanotechnologies et antimatière. Renouant avec le genre space opéra qui semblait tomber en désuétude ces derniers temps, l'Aube de la Nuit est en trois parties, chacune étant divisée en deux tomes, pour un total de 4500 pages.

Partie 1 : Rupture dans le Réel
=> Tome 1 - Emergence
=> Tome 2 - Expansion
Partie 2 : L'alchimiste du Neutronium
=> Tome 3 - Consolidation
=> Tome 4 - Conflit
Partie 3 : Le Dieu nu
=> Tome 5 - Résistance
=> Tome 6 - Révélation


Le monde de l'Aube de la Nuit

Un univers cosmopolite
L'histoire se déroule au 27ème siècle après JC. L'humanité a appris à se déplacer plus vite que la lumière, en utilisant des trous de ver, sortes de puits à gravité infinie permettant de traverser les dimensions. Grandissant progressivement, la civlisation compte aujourd'hui plusieurs centaines de mondes, tous unis sous la bannière de la Confédération. Néanmoins, cette unité abrite une très grande diversité de cultures et de religions. Le plus gros clivage est sans doute entre les Adamistes et les Edénistes.

Les Edénistes forment une culture où les biotechnologies ont fusionné avec l'être humain. Habitants dans des maisons de coraux vivantes, les Edénistes peuvent communiquer par l'Affinité, une sorte de radio biologique ajoutée à leur génome il y a plusieurs siècles, à la fois entre eux et avec les êtres vivants composant leur environnement. Naturellement calmes, ils abordent la vie d'une manière posée et mesurée gràce à la communion permanente entre eux, l'Affinité leur permettant de partager leurs sentiments pour en atténuer le poids. De plus, lors de leur mort, leur personnalité est transférée à leur maison, où elle continue de vivre en son sein. Ceci contribue grandement à réduire leur peur de la mort.

Les Adamistes au contraire ont rejeté en bloc les biotechnologies, bannies par le pape au 21ème siècle. Ils ont généralement des cultures très proches de celles d'aujourd'hui, éventuellement altérées par la prospérité, l'indépendance que permet la conquète de nouvelles planètes, voire la décadence. Ils utilisent à outrance les nanotechnologies pour contrôler leurs gadgets et leur corps (exemple : programmes de combat à main nue, programmes de visée assistée pour combats aux armes à feu, possibilité de chasser temporairement la sensation de fatigue, sauvegarde et restauration de souvenirs, etc).

Les Adamistes se méfient énormément des Edénistes, le gène de l'Affinité étant pour eux une perversion, puisqu'il force les enfants des Edénistes à vivre selon leur conception de l'humanité (il n'est pas possible de bloquer l'Affinité). De plus, les Edénistes passent leur temps à modifier les organismes qu'ils croisent pour leur donner le gène de l'Affinité afin de les contrôler ou de pouvoir accéder à leurs sensations, par exemple pour utiliser des araignées comme éclaireurs.


L'expansion de la Confédération

Avec une population sans cesse croissante, l'humanité ne cesse de conquérir de nouvelles planètes. Néanmoins, investir pour transformer une planète inhabitée en pôle économique est une dépense monstrueuse. Aussi la solution habituelle est de vendre les planètes à des entreprises spécialisées. Ces entreprises commencent par installer une économie rustique (type début du 20ème siècle), puis si la colonie se développe bien, elle rattrape le retard technologique en l'espace de 2 ou 3 siècles.
Les colons de ces mondes nouveaux sont généralement de trois types :
=> Les volontaires, qui ont pris l'option de tout lacher pour revenir à un mode de vie plus traditionnel
=> Les déportés, qui ont été condamnés à 20 ans d'esclavage sur une colonie. Au bout de cette durée, ils deviendront des colons ordinaires.
=> Le personnel de la société propriétaire de la planète, généralement venus là avec pour perspective fortune et avancement.


Rupture dans le réel

C'est sur l'une de ces planètes en phase 1 que va se produire un événement sans précédent dans l'histoire de l'humanité : une célébration d'une secte de déportés vouée au culte de la mort va conduire à une rupture dans le réel, permettant aux âmes des morts de revenir de l'au delà en possédant des vivants. Avec d'étrange pouvoirs leur permettant de rivaliser en puissance de feu avec un soldat aguerri et équippé de toutes les armes dernier cri.


Les points forts de l'auteur

Un univers très complet

Sans forcément tout détailler dans ses romans, on sent que l'auteur a murement réfléchi au fonctionnement de son univers. La complexité d'une humanité de plusieurs centaines de milliards d'habitants sur des centaines de planètes, avec des différences politiques et culturelles très importantes est parfaitement bien rendue. On sent bien que malgré son unité affichée, la Confédération menace de s'écrouler au moindre tiraillement, étant constituée de tant de peuples se méfiant les uns des autres. Pourtant, elle seule semble avoir la force de s'opposer à l'invasion des possédés.

Sur le plan technique, là aussi l'auteur maitrise son sujet : loin des vaisseaux qui font demi tour dans l'espace, les combats spaciaux sont d'un réalisme physique que je n'ai jamais vu dans aucun autre livre : manoeuvres en fronde, accélérations en G, mesures et contre-mesures réalistes, si un jour il y a de réels vaisseaux spatiaux de guerre, ça ressemblera certainement à ça. Et les connaisseurs apprécieront l'ouverture d'un trou de ver au point de Lagrange entre une planète et sa lune (les trous de ver ne peuvent pas être ouverts dans un champ gravitationnel important)

Côté possédés, on retrouve également un travail très important, sur le plan psychologique notamment. Devoir voler le corps de quelqu'un est un prix très lourd à payer pour les possédés, et la culpabilité affronte l'instinct de survie et l'horreur d'un au-delà pire que l'enfer. On retrouve également le dilemme chez les vivants : éliminer un possédé, c'est envoyer dans l'au-delà deux âmes humaines. D'un autre côté, s'ils ne se défendent pas, les vivants ne seront bientôt plus de ce monde.

Le milieu du roman arrive à un équilibre très intéressant, où l'invasion a été bloquée, mais où les forces en place sont telles que les possédés et les vivants doivent établir des traités de paix pour éviter des massacres. J'apprécie particulièrement Al Capone, qui remonte l'Organisation mais à une échelle planétaire.
Le tout dans un climat de tension très intense, puisqu'un unique possédé franchissant le blocus peut suffir à faire tomber toute une planète, la possession se transmettant par la torture d'un non possédé par un possédé, jusqu'à ce qu'il accepte d'être possédé pour être soulagé de la douleur. Les deux possédés vont alors torturer deux personnes pour porter leur nombre à 4, puis à 8, 16, 32, etc...



Un style : le kaléidoscope d'histoires

La particularité de Hamilton en général, et c'est particulièrement vrai dans l'Aube de la Nuit, c'est qu'il crée un monde en proie à une série d'événements, puis nous fait suivre l'histoire de nombreux personnages dans ce monde. Avec une bonne vingtaine de personnages principaux, les chapitres de l'Aube de la Nuit voguent de fil en fil de l'histoire, certains se croisant parfois, tous étant aux prises avec les événements mais de plein de manières différentes.
Cette façon de faire lui permet de plus d'alléger significativement les passages qui auraient pu trainer en longueur, en les abordant sous la forme de chapitres de 4 ou 5 pages se succédant très vite pour passer d'un fil à l'autre.

Les personnages sont généralement attachants et cohérents, y compris quand leur personnalité est superficielle, comme le fameux capitaine Joshua Calvert, qui compte sur la chance pour séduire les femmes et se créer une fortune. A moins qu'il ne soit pas aussi superficiel que ce qu'il semble être au début ? Ou alors est-ce ce qu'il vit qui va le transformer en profondeur ?
Et cette jeune fille perdue sur une planète "angleterre au 19ème" avec propriétaires fonciers et manoirs où l'éléctricité et le béton sont proscrits, et que les événéments propulsent sur une Terre digne des pires visions cyberpunks ?

Enfin, Hamilton est un maître en rendu d'atmosphères. Je garderai longtemps l'ambiance de l'expédition de secours du premier livre, au milieu d'une jungle tropicale éclairée par une lumière rougeatre qui filtre à peine sous les trombes d'eau, un ennemi inconnu et indétectable pouvant surgir d'un arbre à tout moment tandis que les soldats luttent contre les vers et les champignons qui rongent leurs blessures en attendant l'évacuation qui ne doit pas arriver avant plusieurs jours. On est facilement dedans, et Hamilton excèle à donner juste les mots qu'il faut pour rester concis et laisser l'imagination construire le reste.



Volumineux, mais un chef d'oeuvre du genre, qui ne devrait pas décevoir ceux qui oseront s'y attaquer. Voyez aussi l'article sur wikipédia

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Merci pour la revue copieuse, ça donne envie de s'y mettre top Ma bibliothèque manquait un peu de SF ces derniers temps et cette série m'a l'air d'être un bon moyen d'y remédier wink
avatarQue cache le pays des Dieux ? - Forum Ghibli - Forum Littéraire

La fin d'un monde souillé est venue. L'oiseau blanc plane dans le ciel annonçant le début d'une longue ère de purification. Détachons-nous à jamais de notre vie dans ce monde de souffrance. Ô toi l'oiseau blanc, l'être vêtu de bleu, guide nous vers ce monde de pureté. - Sutra originel dork.