Opération campus : qui sont les vrais nominés ?!
Valérie Pécresse a donc dernièrement annoncé les noms des premiers projets retenus par "le jury de l’opération campus". Aux dernières nouvelles encore, il semblerait que le champagne coulait à flot dans les présidences d’universités "nominées", dans lequelles les administrateurs rêvent de leur campus dans quelques années, rénové "à l’américaine"...
Face au manque de recul médiatique depuis quelques jours sur cette opération, on serait presque gêné de rappeler quelques vérités blessantes.
Tout d’abord, le jury censé retenir les projets s’est dôté d’une composition étrange, en accueillant notamment le directeur général du groupe hôtelier Accor.
Ensuite, le financement de cette opération se fait au détriment du maintien de services publics de qualité, puisque cette opération se fait par la vente de 3% des actions publiques d’EDF.
Enfin, en n’attribuant "le pactole" (sic) qu’à 10 universités maximum (sur les 86 universités présentes sur le territoire français), le ministère de l’enseignement supérieur initie les mises en concurrence entre les universités, et ce au détriment d’un accès égal à une université de qualité pour tou-te-s sur l’ensemble du territoire. Il suffit de se référer aux presses locales de ces derniers jours, vantant les mérites du projet de leur université locale plutôt que de telle ou telle autre.
Face à cela, il convient de rappeler que cette mise en concurrence s’inscrit dans la lignée des réformes précédentes (dont la LRU). Les intentions du gouvernement s’affinent donc progressivement, en convergeant vers la mise en place de quelques pôles d’excellences, qui seront fatalement plus difficiles d’accès aux étudiant-e-s les plus précaires.
Par ailleurs, il est frappant de voir comme les membres du jury ainsi que les promoteurs des divers projets trahissent leurs objectifs ces derniers jours, en appelant notamment à faire en sorte que les universités soient désormais financées autant par des fonds privés que des fonds publics, en souhaitant le regroupement des différentes universités afin de réduire le nombre de personnes dans les conseils de gestion de l’université (au détriment des cohérences scientifiques de chaque pôle universitaire), etc. Si nous restons les défenseurs d’universités publiques, de qualité, accessible à tou-te-s ; mais si nous luttons aussi pour la rénovation des campu,s afin de les rendre plus "vivables" pour les étudiant-e-s, il est tès clair que "l’opération campus" ne saurait répondre à l’ensemble de ces questions. Bien au contraire, ce projet crée une minorité de privilégiés, au détriment de la grande majorité des personnels et étudiant-e-s.
Il y a une petite erreur dans ce communiqué ; ce ne sont pas 10 universités qui seront choisies, mais 10 projets, composés d'universités et de grandes écoles. C'est une manière de pénaliser les universités qui ne suivent pas la "bonne voie", et qui n'ont ainsi aucune chance d'être choisies : le ministère montre bien que le regroupement de poles régionaux n'est pas une option mais une obligation. Et donc, ce n'est plus un simple regroupement technique, comme on voulait nous le faire croire, mais un regroupement politique bien lié à l'autonomisation et à la privatisation des universités...
