Ce sera le 28 septembre prochain, «ou autour de cette date», pour reprendre l’expression du communiqué d’Infomaniak. L’entreprise technologique genevoise avance rapidement dans son projet d’entrée en bourse. D’ici peu, sous le symbole INFO, l’action du porte-étendard de la souveraineté numérique se négociera à la bourse suisse. L’introduction en bourse sera réalisée au moyen d’une opération de prise de contrôle inversée (reverse takeover, RTO) avec Perrot Duval Holding SA, société cotée à la SIX Swiss Exchange. La transaction reste toutefois soumise à l’approbation de l’Assemblée générale de Perrot Duval Holding SA, qui se tiendra le 24 septembre 2026.
Ce sera une étape majeure pour le spécialiste du cloud fondé en 1994 par Boris Siegenthaler, toujours à sa direction stratégique. Ce mercredi, le prospectus de cotation était publié, et ce jeudi Marc Oehler, directeur de l’entreprise, répondait à nos questions.
Bénéfice de 3,5 millions
N’est-ce pas un peu étrange, pour une entreprise privée, de dévoiler tous ses chiffres aux investisseurs? «Nous sommes une entreprise à visée éthique, nous sommes transparents. C’est vrai, nos concurrents verront nos chiffres, cela fait un peu bizarre, mais nous n’avons rien à cacher. Et c’est le jeu», répond Marc Oehler. On a ainsi appris que les facturations de services, qui incluent les abonnements payés d’avance, ont progressé de 26,5%, à 32,3 millions lors du premier semestre 2026. Le résultat d’exploitation (EBITDA) s’est élevé à 11,6 millions (+ 14,9

, pour un résultat net de 3,5 millions, contre 3,9 millions un an plus tôt. La société explique ce recul par des investissements accrus dans l’infrastructure et des coûts liés au projet de cotation.
On lit aussi dans les documents financiers que les investissements se sont élevés à 24,6 millions en 2025, année où le chiffre d’affaires net des biens et services avait atteint 54,2 millions. En 2025, 91% des facturations provenaient de clients existants. La société compte plus de 300 000 clients payants, répartis dans plus de 190 pays, qui dépensent en moyenne environ 200 francs par an. En 2025, le chiffre d’affaires a principalement été réalisé en Suisse (66.5

, en France (21.9

et en Belgique (4.3

. Enfin, chiffre important, on découvre que la valorisation d’Infomaniak est estimée à quelque 200 millions de francs.
Pour les collaborateurs
L’entrée en bourse ne sera pas accompagnée d’une levée de capitaux. «Nous n’avons pas besoin de le faire aujourd’hui, affirme Marc Oehler. Nous voulons être cotés pour plusieurs raisons: d’abord, pour nous donner la possibilité de lever des fonds plus facilement plus tard si nécessaire, notamment pour notre futur centre de données, le D5, qui aura le double de la capacité de notre plus gros centre actuel. Ensuite, pour offrir à nos collaborateurs un intéressement à la performance de la société, via un plan de stock-options qui sera soumis à l’assemblée générale du 24 septembre. Cela nous permettrait de mieux rivaliser avec les géants de la tech qui s’arrachent des spécialistes». Au 30 juin 2026, la société comptait 337 employés.
Le directeur cite aussi «la volonté d’apporter un niveau de crédibilité supplémentaire à Infomaniak. Nous voulons aussi montrer que nous sommes extrêmement bien structurés, très sérieux, c’est important pour nos clients et partenaires d’observer notre professionnalisation.»
La fondation au contrôle
Marc Oehler insiste: la société ne va pas «perdre son âme» via cette opération financière. «La Fondation Infomaniak détiendra l’intégralité des actions A, non cotées et non librement cessibles, soit 63,3% des droits de vote. Impossible ainsi pour des actionnaires de racheter l’entreprise et de modifier ses valeurs». Mais des actionnaires étrangers pourraient pourtant acquérir la majorité du capital de l’entreprise. «Oui, c’est même tout à fait possible vu le marché des capitaux, poursuit le directeur. Mais nous nous sommes préparés à cela. Et j’insiste: ils n’auront pas le contrôle de la société, la fondation en restera maîtresse. Il ne pourra pas y avoir de prise de contrôle hostile.»
Reste que la cotation va induire une pression supplémentaire sur l’entreprise, qui devra publier des résultats semestriels, et tenir des objectifs financiers. «Cela ne nous fait pas peur. Nous avons renforcé nos équipes administratives et financières, et la technologie nous aide aussi, affirme Marc Oehler. Et la pression, nous l’avions déjà, en devant rendre des comptes à nos clients, et en devant payer chaque mois les salaires des employés. En réalité, cela ne va pas changer beaucoup de choses pour nous. La cotation va renforcer la solidité de l’entreprise».
Nouveau centre de données
Pour les prochains mois, le groupe genevois fourmille de projets. Infomaniak recense plus de 20 produits en développement sur la période 2026-2030, dont ce nouveau centre de données D5, d’une capacité prévue de 2,5 MW. A tire de comparaison, le centre de données Colossus de xAI, l’entreprise d’Elon Musk, a une puissance d’environ 1000 MW.
Infomaniak précise aussi que son IA souveraine Euria, déjà intégrée à certaines offres cloud et hébergée en Suisse, doit être déployée à l’ensemble de la suite collaborative. Le prospectus fait de cette généralisation de l’IA une phase centrale de sa feuille de route. A noter enfin qu’Apertus, le modèle de langage développé par l’EPFL et l’EPFZ, a tout récemment été inséré dans Euria, qui intègre depuis peu la réflexion profonde.