Malgré les faibles moyens, les qualités techniques sont là :
* Un bon character design. (l'idée de mettre tout le monde a moitié à poil, notamment, était un pari risqué qui a réussi)
* Les décors aussi sont très beaux, avec une afrique style douanier rousseau : pas crédible mais très expressif et très coloré. Les couleurs sont bien calibrées, par exemple pour montrer la sécheresse.
* Le graphisme particulier du petit garçon est bien exploité. Ocelot lui donne des mouvements sensuels et doux dans sa façon de grimper sur la tête de son oncle, de se serrer contre la poitrine de sa mère ou de monter sur les genoux de son grand père.
* La mise en scène est sobre, à l'opposé du "trop plein" d'un disney. Tout celà est bien maîtrisé. Les scènes de tunnel, par exemple, sont très bien faites.
* Le doublage est très bon : les acteurs sont bien choisis et l'accent de dakar est agréable à entendre. Les particularismes du langage sont amusants.
Maintenant, niveau scénario :
Le première scène, avec l'enfant qui demande à sa mère de l'enfanter, laisse déjà augurer un film intelligent mais sans didactisme.
Il s'agit d'un conte traditionnel d'Afrique. C'est enfantin et sans prétention, mais comme tous les contes, on peut y voir plusieurs niveaux de lecture. La blessure faite à Karaba m'a immédiatement évoqué un viol, par exemple. On peut spéculer sur le symbolisme de la sexualité pervertie par le viol, derrière la méchanceté de Karaba et la transformation des hommes (séduits?) en fétiches obéissants. Parallèlement à ça, Kirikou suit comme dans beaucoup de contes un parcours initiatique vers l'âge adulte. La fin du film confirme d'ailleurs ces deux observations.
Sinon, plus pragmatiquement, l'intrigue avance de manière simple mais efficace. La simplicité des ressorts du scénario résulte de la simplicité des personnages, qui n'imaginent pas de stratagèmes trop compliqués.
Il y a juste la fin du film que j'ai trouvé un peu faible (quand Kirikou est grand). C'est sa nouvelle voix qui ne m'a pas trop plu..
[smiley=3]
