1

J'ai dernièrement fini de lire un livre qui parle de la science du bonheur, et que j'ai beaucoup aimé, il se nomme Happycratie (aux éditions Premier Parallèle).

Je ne sais pas si d'autres personnes ici l'ont lu, ou simplement sympathisent avec les idées contestées par cet ouvrage, à savoir que l'injonction à être heureux dans notre société moderne est quelque chose de vaguement construit sur du flan (ou "idéologique", en bon Français), et qu'on aurait tout autant bien pu choisir des idées telle que la justice ou la diminution des inégalités. Mais que ces idées du bonheur, de l'individualisme dans lequel il est fortement inscrit, a été choisi pour développer le néolibéralisme (si bien que sous de nombreux angles, ce soit une tautologie de démontrer que le bonheur est lié à l'individualisme et à l'homme néolibéral idéal).

Mais aussi des tas de trucs plus intéressants et essentiels, je pense, comme le rôle des émotions négatives, et pourquoi le "développement perso" mène à une obsession égocentrique de l'amélioration de soi, le pourquoi de l'humiliation de ceux qui souffrent ("tu n'as qu'à être plus positif, qu'à développer la résilience, tu es maître et responsable de ton état d'esprit) en valorisant insidieusement le "mérite" de faire les "bons choix", c'est-à-dire les pensées positives, qui par nombre de preuves scientifiquement fallacieuses, seraient indissociablement signe de bonne santé mentale et de réussite dans la vie. La question de la réussite elle-même aussi est importante, car au final ce n'est qu'un moyen de normaliser la population et d'utiliser leur pression interne (de réussir, d'être heureux) pour se mettre au pas, et aussi étouffer dans l'oeuf toute idée dissidente, toute contestation du status quo. Les auteurs déjouent les enjeux économiques derrière ces idées, l'industrie construite de toute pièce des "coaches", et comment on est passé à quelque chose qui "serait nécessaire pour tout-un-chacun" afin de développer la meilleure version de soi-même possible, de vivre sa meilleure vie possible, à coup d'injonctions à se discipliner à outrance, à se censurer, et rentrer dans un moule (en ligne avec ma constatation personnelle, que tous les coaches finissent au final par te guider à faire les exactes mêmes choses, à savoir augmenter ta carrière, démarrer un business, faire du sport, etc. -- il n'y a plus rien et jamais rien eu de personnel dans un coaching qui use pourtant de toutes les astuces psychologiques pour nous convaincre du contraire ; c'est juste un produit comme un autre, dans un marché extrêmement juteux qui alimente la société en petits soldats au service du néolibéralisme et de l'enrichissement des élites sans considération morale). Ou encore le lien entre "l'hyperpositivité" et le désengagement émotionnel (peu d'empathie, peu soucieux et peu solidaire d'autrui).

Bref il y aurait énormément à dire. Comme c'est un livre qui m'a été prêté, je n'ai fait aucune note donc je sors ça un peu pêle-mêle, mais ce qui m'intéresse c'est les gens ici qui partageraient mes idées, et pour les autres d'en débattre smile
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Le truc que je hais et qui découle de cette "mode": le Chief Happiness Officer.

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Sauf erreur ils en parlent aussi dans le bouquin. Mais c'est un symptôme vraiment, et plutôt mineur je pense. La vraie problématique et ses ramifications sont infiniment plus vastes smile
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4

Je te l'accorde, et ces ramifications sont descendues jusqu'à la création de ce métier.
Le bonheur à de magique qu'il fait vendre en plus, les gens heureux consomment ! De plus ils font moins usage de leur jugement critique donc ils consomment tout et n'importe quoi.

5

Brunni > tu connais déjà ma position sur le sujet smile

The_CUrE a été invité sur ce sujet.

Je pense que le sujet l'intéressera.
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Zeroblog

« Tout homme porte sur l'épaule gauche un singe et, sur l'épaule droite, un perroquet. » — Jean Cocteau
« Moi je cherche plus de logique non plus. C'est surement pour cela que j'apprécie les Ataris, ils sont aussi logiques que moi ! » — GT Turbo

6

Je l'ai déjà lu et on en avait parlé avec 0², le "développement personnel" c'est une énième arnaque narcissique pour créer une société antisociale et organiser un monde d'angoisse.

C'est comme la magie de la langue de bois, y a plus de "plans de licenciement" y a des "plans de sauvegarde de l'emploi", comment peut-on être contre?
Comment refuser le "progrès", les "révolutions" technologiques au lieu de parler des "changements", "mutations", "nouveautés" et donc s'interroger entre le rapport possible/faisable.

Si le télétravail est une "révolution dans la flexibilité", comment peux-tu expliquer que c'est une annexion de la vie privée par le travail?

Cet univers de vocabulaire positif permet l'interdiction de la contestation parce que ça prouve que toi, pauvre engrenage, n'est pas du tout adapté à la machine, et non que la machine doit être modifiée.
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"- Nigga you know what the fuck I want, nigga: I want your motherfuckin' Daytons, and your motherfuckin' stereo! And I'll take a double burger with cheese!
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7

Oui complètement d'accord the cure. Je connaissais déjà vos avis à vous deux justement, ça m'intéressait, ça et aussi ce que d'autres pensent de ça smile

The_CUrE (./6) :
Je l'ai déjà lu et on en avait parlé avec 0², le "développement personnel" c'est une énième arnaque narcissique pour créer une société antisociale et organiser un monde d'angoisse.
pizza

The_CUrE (./6) :
Cet univers de vocabulaire positif permet l'interdiction de la contestation parce que ça prouve que toi, pauvre engrenage, n'est pas du tout adapté à la machine, et non que la machine doit être modifiée.
pizza vraiment

Ce qui me dérange, et je dois avouer en proportion encore plus forte désormais à Tokyo, c'est le conformisme. Je me retrouve entraîné de ce côté inévitablement par le poids de la société. Le truc c'est que comme on en vient à marketer n'importe quoi (incluant en particulier soi-même), ça devient un impératif de faire dans ce qui se vendra le mieux, c'est à dire ce qui correspond à une majorité de gens. Ça donne une obsession de plaire, d'aller dans le sens des autres, sous peine de voir sa propre valeur sous-exploitée, et la société nous laisser pour compte (sous prétexte que c'est notre faute de ne pas faire "ce qui marche", ce qui engrange de la thune*), et c'est extrêmement nocif car ça applique la notion de compétition mondiale jusque dans les derniers retranchements de notre sphère privée, à savoir à l'intérieur même de notre tête et de nos décisions quotidiennes.

* Sauf que ce qui "marche", on a beau savoir ce que c'est, c'est difficile de le faire car c'est presque toujours moralement dégueulasse. J'en suis même venu à détester écrire des articles sur Medium (alors que j'aimais vraiment) parce que si tu ne fais pas ce format "5 things to do NOW that will change your life" tu n'as pas de lecteurs. Bien sûr, on me dira, à l'intérieur tu peux toujours mettre un article intéressant, qui vient du coeur, mais merde quoi. Certains ont plus de flexibilité mentale pour faire du clickbait mais quand même sincère, pour moi c'est impossible.

Et ce ne serait pas un problème si c'était optionnel, mais même avec un salaire d'ingénieur, le système de taxes, d'aides et autres assurances fait que tu vis un poil mieux peut être (tu peux faire un voyage annuel et bouffer bio, et t'acheter un Mac) mais en dehors de ça tu vis toujours avec quelques mois de visibilité au mieux, dépendant de ton travail plus encore qu'un ouvrier moins bien payé. L'autre solution est d'investir, pour espérer, sauf crash économique, être libéré à long terme, mais en tant que jeune c'est dur de faire ça, surtout quand t'as si peu et que ça paraît si loin, et qu'investir requiert pas mal de temps que tu n'as pas en tant que jeune recrue. Résultat on apprend ça à la dure quand c'est déjà bien tard.
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C'est vrai. Ceci dit, le Japon a au moins le mérite d'assumer son modèle où la société passe avant l'individu, et s'il y a des inconvénients il y a aussi quelques avantages. C'est toujours moins pire que les USA, qui vantent un pseudo-individualisme qui consiste en réalité à rentrer dans des petites cases bien délimitées.
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Zeroblog

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C'est d'ailleurs terrifiant de voir à quel point plus une société t'encourage à "être toi-même" et à "t'exprimer" plus en vérité elle exige de toi que tu sois le plus "normal" possible.

Ce faisant, elle tend un piège puis montre du doigt et envoie à la roche tarpéienne les "profils atypiques", qui sont regardés de travers ou utilisés par des plus puissants comme les Japonais exploitent les étrangers à la télé en leur faisant endosser le rôle de "tarento" (talent), autrement dit de pathétiques clowns paradés en "l'étranger un peu zarbi mais si sympathique dans son rôle de faire valoir" dans les talk-shows pour ménagère (comme Bob Sapp ou Bobby Ologun). Sans compter les tarento locaux, paradés juste pour être paradés...

Une exception, le Rouayme-Uni qui s'en fout si ton banquier a une crête bleu électrique, voire si l'instit a un piercing au septum et un au labret...

j'ai entendu dire qu'un prof de latin d'Henri IV a les bras tatoués, mais c'est assez anecdotique en France.

Les élèves comme les étudiants sont très conformistes, beaucoup rêvent d'être ordinaires et rien de plus. C'est assez terrifiant de voir comme de plus en plus ceux qui réussissent les concours c'est des "Marie-Céciles", à Sciences Po y a de plus en plus de filles de prof qui parlent la langue de bois du "vivre-ensemble" sans jamais s'en étonner...
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Très intéressant, merci de votre contribution smile
Ouais, c'est valable pour le Japon mais si tu veux passer par là tu peux étendre ça à une bonne partie des femmes tout court (je cite car c'est apparent, ça ne veut pas dire que le même problème touche pas les hommes ; on a juste bien mieux intégré l'injonction depuis notre naissance qu'on est censé travailler, au point de ne même plus se questionner). Au Japon en particulier, ce rôle de faire-valoir est impressionnant. Bien sûr, c'est exacerbé par ce que j'appellerais la 褒文化 (je ne sais pas si le mot existe, mais Google me traduit ça par praise culture, ce qui est un bon équivalent), en gros cette culture basée sur le fait de plaire, avec notamment une notion de compliment très normalisée dans les conversations (le compliment est typiquement un opener des plus sûrs, et il est bien pris d'en saupoudrer un peu les conversations). Comme les gens sont obsédés par le fait de plaire, on est à nouveau dans le marketing de sa personne, dans la validation externe à outrance (idéalement par l'argent, mais comme il n'y a même pas l'argent qui devrait récompenser ça on se jette comme des junkies sur des palliatifs futiles tel que le nombre "d'amis", le sexe/flirt, les gens d'accord avec nous et les compliments), ce qui cause le côté sombre du conformisme -- parce que pour le reste, le conformisme à la Japonaise est en réalité plein d'avantages, et ça a beaucoup de sens d'en avoir fait la norme.
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Je pensais pas aux femmes spécifiquement.

Le conformisme japonais c'est autre chose, je te parle d'une norme qui ne dit pas son nom et qui se cache derrière la liberté d'expression, qui devient alors piège à cons.
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Ah. Ouais je vois alors.

En tous cas, pour avoir moi-même été pressé à mort dans cette direction du conformisme, et y avoir vraiment souscrit comme un impératif souhaitable, ça m'intéresserait beaucoup de développer le sujet. Mais je ne sais pas bien par où commencer. D'un côté je dirais, c'est sécurisant d'être dans la norme. Après tout, la plupart des traumatismes d'ado viennent du fait d'être différent, du moins dans la culture francophone.
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C'est vrai, mais il y a plusieurs façons de dépasser ça, lais ça se rencontre de moins en moins parce qu'il appert que mes élèves n'ont visiblement pas eu la chance de pratiquer l'individuation, d'apprendre (et c'est une des épreuves de l'adolescence) à trouver son style sans cloner, trouver qui ont veut être et comment bénéficier des différences.

En un sens, les cliques ont disparu ce qui permet de ne pas s'enfermer dans le clanisme, mais d'un autre côté ça produit une masse qui n'a même plus une idée claire d'un modèle.
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The_CUrE (./13) :
[…]pratiquer l'individuation, d'apprendre (et c'est une des épreuves de l'adolescence) à trouver son style sans cloner, trouver qui ont veut être et comment bénéficier des différences.
Une bonne référence littéraire à me proposer à ce sujet ?

The_CUrE (./13) :
En un sens, les cliques ont disparu ce qui permet de ne pas s'enfermer dans le clanisme, mais d'un autre côté ça produit une masse qui n'a même plus une idée claire d'un modèle.
Ouais le clanisme cause des soucis, car il y a toujours des individus qui ne peuvent s'intégrer dans aucune d'entre eux. C'est une success story quand il arrive à créer le sien, et ça peut marcher car des tas de gens ne rêvent que de suivre les autres. Mais en pratique non, pas tout le monde n'y arrive.
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Sur l'individuation de l'enfant/adolescent?
Voyons... Je dirais les travaux de Donald Winnicott et Anna Freud mais j'ai plus de référence exacte en tête...

Une amie prof de psycho a fait une intervention de colloque à ce sujet, je peux regarder les sources qu'elle cite.
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