Ouhala, la question est beaucoup plus vaste qu'il n'y paraît car de très nombreux facteurs ont fait que cette console n'a pas pris. Désolé pour la longueur du post mais je voudrais essayer d'être exhaustif (une fois pour toute car la question a déjà été posée par le passé) ; lira qui voudra...
Tentons de les résumer mais je suis certain d'en oublier... Allons-y chronologiquement.
Déjà, avant la Jaguar, Atari préparait la sortie d'une autre console dénommée "Panther", une 32 bits. Le projet était très avancé puisque quelques jeux avaient déjà été développé dessus et des kits de développement avaient même été envoyé à quelques éditeurs (à ma connaissance).
Atari présageant que sa console Panther serait inférieure aux futures plate-forme 32 bits concurrentes (PSX et Saturn), la société décida d'annuler son lancement et de se concentrer sur "Jaguar", console développée par une société tierce (Flare II) et très avancée technologiquement. Atari voulait ainsi placer la barre très haute pour ne pas se faire distancer rapidement par ses concurrents et préserver par la suite l'avance technologique qu'allait lui apporter la Jaguar (en commençant à travailler sur Jaguar II).
Seulement, l'image d'Atari auprès des éditeurs de jeux étaient déjà bien entamées. Les abandons successifs du Falcon et de la Panther ont développés un climat de méfiance qui ne s'est dissipé que trop tardivement.
De plus, Atari voulait privilégié le marché US avec la Jag. En effet, la société avait un peu délaissé le marché américain avec le ST (qu'il vendait beaucoup plus cher en Europe) et voulait par conséquent se rattraper avec la Jag. Cela explique en partie le manque de moyens consacré au marketing encadrant le lancement de la console en Europe et les choix désastreux de sociétés tierces incapables qui ont été faits pour s'occuper de sa distribution sur notre continent ("Accord" en France). Atari pensait aussi que ce sont les magazines qui allaient se rués à leur porte pour découvrir la Jaguar et la faire connaître. C'était comme cela que ça se passait à une époque plus ancienne avec Atari mais ce n'était plus le cas (sur-estimation dont parle Odie). Il fallait aujourd'hui contacter soi-même les magazines, leur envoyer des jeux pour qu'ils les testent, etc... Aux US, les quelques spots publicitaires et pubs dans les magazines ont faits que la console a bien mieux pris.
C'est dans ce contexte qu'Atari commercialisa sa console en novembre 93 aux EU puis plus tard en Europe. Très tôt donc, trop tôt. Le manque de jeux accompagnant sa sortie (les quelques jeux étaient des portages de jeux Panther), la complexité de l'architecture de la console (5 processeurs dont quelques uns fait maison et donc innovants) et le gros manque de support d'Atari auprès des développeurs (notamment pour le soutient et le suivi des outils du kit de développement) ont fait que très peu de jeux exploitant les capacités de la console sont apparus.
Les premiers jeux (et même les suivants) étaient souvent des portages ou des jeux de style 16 bits, la présence très controversée du 68000 (un des processeurs de la Jaguar) favorisant cela. Atari l'avait inclus car il pensait que ce processeur 16 bits, peu puissant (comparé aux autres de la console) mais bien connu des développeurs, allait aider à la prise en main de la console. Malheureusement, il en a été fait un usage abusif et trop exclusif, laissant de côté le fort potentiel des autres processeurs. C'est ainsi que la polémique "La Jaguar est-elle une véritable 64 bits ?" s'est répandue par la suite, affectant l'image de la console auprès des consommateurs.
Vient l'arrivée de la PSX et de la Saturn. Entre temps, le marché des jeux vidéos commence à subir une mini-révolution avec l'avènement de la 3D. Sony flairant cette évolution, ils eus la présence d'esprit d'équiper leur console d'une puce favorisant la 3D mappée (en hard donc). C'est ce qu'il manqua à la Jaguar pour faire le poids (dans ce domaine !) face à la PSX et c'est ce qui explique que la 3D est moins jolie sur le fauve (polygones non ou peu mappés). Malheureusement la 3D définissant pour beaucoup les jeux dits "de nouvelle génération", la Jaguar fut pénalisée. La PSX apparaissait alors davantage comme une console actuelle. L'arrivée du lecteur CD Jaguar, dépourvue de cette puce (après une hésitation sur sa présence me semble t'il), n'y a pas changé grand chose.
Bien sûr, les moyens financiers de Sony n'étant pas ceux d'Atari, une énorme campagne marketing entoura son lancement (j'irai presque jusqu'à dire lavage de cerveau) en France et certainement partout dans le monde. Là encore, bien que Sony était nouveau dans ce secteur, Atari ne pouvait pas faire le poids et cela entama largement le potentiel commercial de la console ; en tout cas en Europe où elle était déjà méconnue. Pour rependre une phrase (de je ne sais plus qui), Sony a acheté le marché.
Ce n'est qu'à la fin de vie de la console, en 95 et 96, que les jeux tirant profit des capacités du fauve commençaient à voir le jour (il y a des exceptions bien sûr). Avec le soutien marketing que lui apportait alors le patron d'Atari aux USA (qui croyait fortement au potentiel de la Jag), la console se vendait là-haut correctement et commençait à faire preuve de maturité auprès des développeurs (ce que ces derniers attendaient pour réellement investir dessus). De nombreux jeux étaient alors en préparation et de gros contrats étaient en cours avec d'importants éditeurs (et distributeurs !). On croyait alors au cercle vertueux "Bonnes ventes -> Plus de moyens pour Atari soutenir la console et le développement des jeux -> Jeux de qualité -> Bonne appréciation de la console dans magazines et médias -> Bonnes ventes -> etc".
Survient alors la crise cardiaque du patron d'Atari et la reprise des affaires par son père. Ce dernier, constatant la situation financière critique de la société (dû entre autres à l'investissement important autour de la Jag qui commençait à porter ses fruits), décida de tout bloquer. Le mot d'ordre était "Economie" : Annulation de contrats, restructuration, etc. Cette méthode archaïque et ces décisions ont été fatales à la Jaguar et à Atari qui fusionna vers juillet 96 avec JTS, fabricant de disque dur.
Fin de l'histoire. Non ! La communauté continua et continue de faire vivre les fauves
Voilà en gros... N'hésitez pas à compléter (ou à me corriger) les autres si j'ai oublié des facteurs (y'en a tellement...).