lundi 14 juin 2004, 19h17
Mieux "vendre" l'Europe après l'abstention record
BRUXELLES (AP) - Douchés par la "pitoyable" participation électorale et l'air du vote-sanction joué quasiment partout lors du premier scrutin européen à 25, les dirigeants politiques sont convenus lundi de la nécessité de mieux "vendre" l'Union européenne à leurs concitoyens, en écartant toute idée d'impact des eurosceptiques sur les résultats.
Au cours des quatre jours d'exercice démocratique sans précédent qui ont abouti dimanche à la désignation de 732 eurodéputés, les électeurs ont sanctionné leurs dirigeants dans pratiquement tous les pays. Certains, particulièrement en Grande-Bretagne, se sont tournés vers des partis hostiles à une plus grande intégration européenne, quand d'autres, très nombreux, ne se sont pas même souciés des urnes.
Le taux d'abstention global, en constante progression depuis 1979, a atteint un nouveau record (54,5% contre 50,2% en 1999) dans une Union comptant dix nouveaux membres depuis le 1er mai. Désintérêt ou méconnaissance? La participation moyenne de 45,5% est principalement due aux nouveaux venus de l'ancien bloc soviétique, où la mobilisation s'est élevée à 26,4% contre 49% pour les anciens pays membres.
"Nous avons besoin de montrer que l'Europe travaille", a jugé le ministre irlandais des Affaires étrangères, Brian Cowen, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. Pour lui, ces résultats ne sont rien d'autre qu'un "appel au réveil" des gouvernements.
A Luxembourg, où les chefs de la diplomatie de l'UE étaient réunis pour tenter d'aboutir à un accord sur le projet de Constitution, l'ambiance était aussi à la déconvenue, doublée d'une détermination à aller de l'avant. Les dirigeants espèrent finaliser le texte lors du Conseil européen jeudi et vendredi à Bruxelles.
Le message est "clair" : "les électeurs à travers l'Europe (...) veulent que l'Union européenne travaille au mieux de leurs intérêts", a souligné le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw. Son homologue néerlandais, Ben Bot, a observé que son pays, qui héritera en juillet de la présidence tournante de l'UE, s'attacherait à trouver des moyens permettant aux Européens de se sentir plus liés au bloc des 25. Les élections prouvent qu'il est "d'autant plus nécessaire de mieux 'vendre' l'Europe", a-t-il lancé, reprochant aux partis d'avoir privilégié les questions nationales aux enjeux européens.
Fait notable, des formations favorables à une limitation des pouvoirs de l'Union sont sorties renforcées des élections. En Grande-Bretagne notamment, le Parti de l'Indépendance a décroché 12 sièges, quatre fois plus qu'en 1999. Les eurosceptiques ont aussi gagné des sièges ailleurs, mais les dirigeants politiques ont avancé qu'ils composaient toujours un groupe marginal dans l'assemblée. "Il est important de ne pas exagérer le soutien à l'euroscepticisme", estime Graham Watson, dirigeant du Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs.
Quoi qu'il en soit, les partis de centre-droit restent la première force du nouveau Parlement avec 276 sièges pour le Parti populaire européen-Démocrates européens (PPE-DE), le seul à avoir décroché des sièges dans tous les pays. Ce qui fait dire à leur leader, l'ancien Premier ministre belge Wilfried Martens, que le prochain président de la Commission européenne devrait être un conservateur. Ce dernier doit être nommé lors du sommet de Bruxelles.
Au nombre des prétendants, figurent le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, et son homologue belge Guy Verhofstadt. Dans l'enceinte du Parlement, le Parti socialiste européen (PSE) pointe lui aussi toujours au deuxième rang, avec 201 sièges, suivi des Libéraux démocrates et réformateurs (66) et des Verts (42).
Dans nombre de pays, les électeurs se sont servis du scrutin pour donner un carton jaune à leurs gouvernants. En Allemagne, ils ont ainsi protesté contre la hausse du chômage et les douloureuses réformes pour réduire les déficits budgétaires. Mais en dépit de la pire performance de l'après-guerre des sociaux-démocrates allemands (21% contre 30% en 1999), Gerhard Schroeder a affirmé qu'il poursuivrait ses réformes impopulaires "parce que c'est objectivement nécessaire".
La défaite a aussi été sévère en France pour l'UMP qui a annoncé la tenue prochaine d'états généraux: la formation chiraquienne a obtenu 16,5% des voix, loin derrière le Parti socialiste (près de 29.
La faible performance des travaillistes en Grande-Bretagne (23%, 19 sièges) a été elle largement attribuée à l'engagement de Tony Blair en Irak. Cette question a également joué en défaveur du parti Forza Italia du président du Conseil italien Silvio Berlusconi, qui a chuté de 25% des voix en 1999 à 21%. "Il Cavaliere" a malgré tout affiché sa volonté de poursuivre sa politique de réformes.
Quant au gouvernement espagnol récemment élu, il a remporté une courte victoire -qu'il a attribuée à la faible participation. A l'origine du retrait des troupes espagnoles d'Irak, les socialistes au pouvoir ont décroché 25 (43des 54 sièges attribués à l'Espagne, contre 23 (41
pour les conservateurs du Parti populaire. AP