Hippopotame :
Mais linguistiquement, il n'y a pas de distinction entre patois, langue et dialecte, non?
Je n'avais pas vu cette remarque. En fait je ne sais pas, je ne m'y connais pas assez en linguistique, mais je peux te dire comment je perçois ça : déjà l'idée c'est qu'un patois c'est du français (ou une autre langue si c'est un patois d'une autre langue), alors qu'une langue, ben, soit c'est le français soit c'est une autre langue qui n'est donc pas du français. Concrètement, il me semble que si la différence est juste dans le vocabulaire et les tournures et expressions employées mais que la grammaire est la même, ben c'est la même langue. C'est juste que certains mots et expressions de la langue ne sont pas utilisés partout.
S'il y a des différences grammaticales mineures, genre des variations de conjugaison, c'est juste des variantes, ça ne suffit pas à faire une langue étrangère : si tu mets systématiquement le verbe conjugué à la fin des subordonnées, tu ne parles pas français, c'est clair. Si tu mets systématiquement la première personne du pluriel avec « je », c'est juste une habitude de langage, ça reste du français. Si tu conjugues différemment certains verbes, ça entre dans la simple différence de vocabulaire. Quant aux simples différences de prononciation, ça s'appelle juste un accent, ça ne suffit même pas selon moi à faire un patois.
D'ailleurs si je regarde les exemples de la page wikipedia sur le mayennais, je ne vois que du français avec quelques mots de vocabulaire spécifique par-ci par-là. Le truc c'est qu'ils ont artificiellement choisi d'écrire ces exemples avec une orthographe qui tente de reproduire l'accent local, ce qui fait que ça a l'air bizarre, au lieu de les écrire normalement. Mais bon je peux aussi écrire putain avec un g à la fin et dire que c'est du patois marseillais, ça n'a pas de sens.
Genre :
claver la porte - fermer la porte -> bon ben y a un verbe claver, voilà tout
l'ergent illi brûle les dais - il dépense sans compter -> c'est juste marqué « l'argent [il ?] lui brûle les doigts » avec une orthographe à la con, c'est du français
A la r'voyure - au revoir -> tiens je parle mayennais sans le savoir
Plus précisément, ce qu'il faut bien voir, c'est que le français est une langue écrite. Ce qu'on peut voir immédiatement après, c'est que personne ne parle le français écrit. Les gens parlent *tous* avec des variations grammaticales mineures (voire pas si mineures que ça). À partir de là, si on dit qu'un dialecte ou un patois c'est en fait une autre langue, ben il en découle que personne ne parle français. Plus exactement, tout le monde parle plusieurs dialectes différents du français, les mélange éventuellement un peu, et la plupart des gens savent aussi s'exprimer correctement en français écrit mais ne le parlent pas dans la vie courante. Pour moi, si en Mayenne on dit claver la porte, ben c'est juste qu'on utilise un verbe que je ne connais pas, mais de toute façon personne ne connaît la totalité du vocabulaire français ; de plus, chaque jour des mots tombent en désuétude et d'autres sont inventés. Il y a des mots qui restent marginaux, propres à certaines régions *ou* à certains milieux (et je ne pense sincèrement pas qu'il y ait une différence entre les variations suivant la région et les variations suivant le milieu, pour moi c'est exactement la même chose), ils peuvent même rester oraux sans orthographe définie. Il y a d'autres mots qui ont du succès et qui passent dans le cœur de vocabulaire commun. Tous ces mots sont français.
En fait je n'y connais rien donc ça n'est peut-être pas très justifié, c'est seulement du feeling, mais bon il me semble qu'il est communément admis, par exemple, qu'au Québec on parle français, alors que pourtant ils ne parlent pas vraiment comme nous autant que je sache. En fait il n'y a que deux possibilités : soit on dit que le français, c'est juste la langue écrite qui, en tant que telle, est très stable, et que dès qu'on s'en écarte on ne parle pas français (donc par exemple il existe une langue bizarre, le yAron, qui contient des mots n'existant pas en français comme le verbe « poutrer » et d'autres) ; soit on dit, comme cela semble évident, que le français est une langue vivante en perpétuelle évolution et avec un certain nombre de variations locales/dialectales, et dont la langue écrite est le, je sais pas comment dire, le ciment, enfin c'est ce qui fait l'unité du français quoi. Pour moi, si une « langue d'oïl » n'a pas une forme écrite propre et différente du français, ben c'est que sa forme écrite c'est précisément le français, donc cette langue est du français (dialectal).
À partir de là, le fait qu'avec l'alphabétisation la langue ait tendance à s'uniformiser me semble logique ; et je trouve bizarre de déplorer particulièrement la « disparition » des patois, c'est-à-dire que certes on peut être triste pour ça, mais pourquoi ça serait plus triste que, par exemple, la disparition des chevaux ? on pourrait militer pour la circulation à cheval comme préservation de notre patrimoine culturel et imposer l'apprentissage de l'équitation à l'école, je ne comprends pas pourquoi personne ne le fait. Et sinon je voulais dire que les langues locales (d'oïl, en tous cas) ne disparaissent pas *plus* que le français. Si on regarde le français qui était parlé ne serait-ce qu'au XVIe siècle (et probablement après, parce que le français écrit à partir du XVIIe est encore compréhensible pour nous — précisément parce qu'à partir de cette époque il s'est standardisé —, mais le français oral j'en doute ^^), ben, lui aussi il a « disparu ». Et je ne pense pas que le français actuel soit moins issu des dialectes régionaux que de, euh, de quoi au fait ? du dialecte national ?

il est une unification de toutes les langues d'oïl, voilà tout.
(Après, pour les langues d'oc, c'est vrai (enfin je crois) que le français est une autre langue, mais je ne sais pas s'il existe une langue d'oc unifiée de la même manière qu'il y a un français (enfin l'occitan c'est peut-être ça ? mais genre chez ma grand-mère il y a des panneaux en provençal et c'est pas censé être la même chose il me semble, mais bon je crois que c'est encore une histoire de variantes mineures ^^))
Il me semble qu'on a un peu la même situation pour l'arabe (il y a l'arabe littéraire et les variantes dialectales, tout ça s'appelant arabe), sauf que comme l'étendue est plus grande et que c'est divisé en plusieurs pays les variations dialectales doivent être plus importantes ^^. Mais je pense qu'eux aussi ressentent l'arabe comme une langue unique (je peux me tromper).