Cette cigarette que tu fumes pour te tenir compagnie et qui te calme comme une bonne amie - elle t'écoute cette amie silencieuse, si proche de tes pensées que tu te demandes si ce n'est pas elle qui te fait penser - alors tu la jettes dans ta cuvette, comme si tu refusais toute la compassion qu'elle te porte, et quand bien même elle te tue, tu lui refuses ce service. En un mot comme en cent, cette amie qui te file entre les doigts et te ravage la chair, cette amie d'infortune et de mal-être, cette ennemie de ta survie et de ta solitude - qui te la fait aimer cette solitude, au point de faire de cette solitude un vacarme de pensées - cette ennemie donc, que tu jettes au cabinet, te laissera seul sans autre occupation que de la regretter et de te dire qu'avec elle au moins, tu aimais d'un profond amour, de cet amour qui n'a pas de limites, ni de durée - de cet amour insatiable qui te fait croire immortel.
Tu continues à te faire du mal en la regardant tourner dans ta cuvette, alors qu'elle t'offre l'univers tout entier, cette icône que tu promènes au bord de tes lèvres et qui te le rend bien, ton envie de meurtre contre toi-même s'affichant au tout venant et proclamant bien haut que la mort n'est pas pour toi, tant cette amie dans ton sein te fait croire à ton éternité, puisque tu joues déjà à être mort avec ce poison qui te tue.
Ce n'est donc pas étonnant si tu regardes consterné cette cigarette qui fait le tour de ta cuvette et te précipite sur une autre que tu allumes avec reconnaissance, et si cette première bouffée d'immortalité te parle d'amour, il ne faudrait pas s'étonner que tu lâches enfin un peu de vérité. Des sentiments, des vrais, volés au hasard d'un moment d'égarement et de rupture, un chantage aux sentiments qui fait battre ton cœur et te demander s'il ne serait pas mieux d'aimer que de haïr, de désirer plutôt que de fuir - avec ta mauvaise foi filant tout droit dans la cuvette, s'il ne serait pas mieux d’avouer ce que tu attends des autres, au lieu de te faire crever à petit feu.
Que l’on te tue.
Au lieu de cette lâcheté.
(prologue du Mal du Siècle, le texte dont on parle - trop - sur le Net : www.lemaldusiecle.com)
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