Bon, faisons un parallèle.
Un ministre nous pond une réforme où il explique que d'ici cinq ans, les bacheliers (toutes filières confondus) devront avoir un niveau prépa en maths.
Ça sera bon pour la France, pas question de rester en retard comme ça sur les petits chinois !
Pour ça on s'y mettra dès 3 ans avec des forts en maths. Avant 18 ans, chaque lycéen devra avoir fait un stage en université (ou que sais-je).
C'est crédible?
Non.
Ben pour les langues c'est pareil.
J'aimerais beaucoup qu'on puisse élever une classe d'âge au point qu'elle soit bilingue français/maths.
Mais il y a des déterminants sociologiques contre lesquels on ne peut rien. Quelque soient les efforts fait, le niveau moyen en maths restera assez médiocre.
Il y a des rigidités dans la perception que la société a des maths, dans les efforts qu'elle est prête à fournir, dans tout l'environnement culturel, médiatique... Le niveau en maths est une donnée contre laquelle le politique n'a guère de prise. On ne peut agir sur ce niveau qu'à la marge.
C'est exactement la même chose pour les langues. Le niveau des français est le résultat de trop de facteurs lourds pour qu'on puisse changer (à la hausse comme à la baisse) dans de grandes proportions, quelque soient nos efforts.
D'ailleurs ces efforts sont faits. Si beaucoup de disciplines scientifiques ont pâti des réformes ces dernières années, on reste ambitieux en langue(*). Les lycéens en apprennent deux, voire trois. Les langues sont populaires, elles sont souvent (hélas) la discipline où les mauvais peuvent éviter les taules les plus catastrophiques. Le côté participatif et convivial plaît, dans une époque qui a horreur de la discipline individuelle des sciences dures. La filière L a largement perdu ses ambitions littéraires et est devenue une filière de langue.
Bref je ne crois pas qu'on fera beaucoup plus pour améliorer le niveau, et pour l'instant la priorité n'est pas de mettre le paquet sur les langues.
Alors ensuite on peut accepter ce principe de réalité et tirer le meilleur parti de la situation, ou pondre des âneries comme ce ministre qui, il y a quelques années, disait que les français devaient cesser de considérer l'anglais comme une langue étrangère (mais WTF ?!).
Bien sûr ce qui me fait réagir c'est la médiocrité derrière la vision de Chatel : l'adoration d'une caricature d'anglais, derrière laquelle se cache plus une caricature de pensée politique, plutôt que l'amour d'une langue. Pour moi apprendre une langue, c'est apprendre le latin, l'allemand, le grec, le russe. Ou l'anglais, le vrai, c'est très bien l'anglais aussi.
Faut être réaliste : les réunions internationales se font en anglais, énormément de documentation est en anglais, etc. (ou "globish" si tu veux, ça change pas grand-chose). Donc y'a le choix :
- soit on l'accepte et on fait ce qu'il faut pour que les Français arrivent au niveau des autres pays
- soit on continue à se regarder le nombril et on passe à côté de plein de trucs, et accessoirement on est ridicules. Et puis d'ailleurs, il faut abandonner yaronet.com, et passer au 3615 code YARONET, ça c'est français au moins
1) yaronet est en français. On y accède depuis un ordinateur (ah c'est beau l'informatique!)
2) On n'est pas ridicule.
3) Ça marche très bien. Ou alors qu'on produise des chiffres, des études, de la matière qui montrerait qu'il y a un problème.
4) La France n'est pas en retard. Les pays les plus en retard sont probablement certains pays anglophones, où les compétences en langue étrangère sont désastreuses.
5) Derrière tout ce lobby de la carpette anglaise se cache de la haine de soi. Certainement pas un problème réel avec des inquiétudes légitimes.
(*) Enfin tout est relatif bien sûr. Les postes de langue en primaire ont été supprimés quelques mois avant la déclaration de Chatel (enfin bon c'est le sarkozysme, on est habitués). Disons que dans la ruine qu'est l'éducation nationale, les langues survivent assez bien.