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On rigole, on se bidonne sur le plateau-version ricanement et clin d'oeil- des fois, il y a des sujets graves.
Des sujets où on ne plaisante plus du tout.
Silence glaçant et regards vigilants.
Car Mahmoud a dit, dans lors d'un colloque sur le sol américain : "chez nous, il n'y a pas d'homosexuels".
Gloups.
Horreur et damnation.
D'ailleurs, son hôte américain, courageux, le lui dit à Mahmoud : "vous êtes ridicule".
Et Yann, en première ligne, offrant son torse aux balles iraniennes, son corps aux sabres des mollah, sa chevelure soigneusement entretenue aux flammes d'une fatwa, rétorque, yeux dans les yeux (enfin, de la caméra), sans ciller, sans trembler ni frémir : "Et oui il n'y pas d'homo en Iran..Il n'y a pas non plus de reportage canadien qui démontre le contraire, ne regardez pas ce qui suit car vous n'avez pas d'yeux ..." (notez la construction dialectique, le second degré qui fait trembler les perses).
Suit un reportage flash halluciné de 12 secondes où on voit des types dans une boite gay, puis derrière des barreaux, puis, torturés. En Iran, on suppose, donc.
Et là, j'ai eu honte de moi. J'avoue. Oui, parce que j'ai ri quand j'ai vu Mahmoud. Avec son petit sourire en coin. Le mec qui se fait huer, insulter en public pendant une heure et qui arrive à sortir des vannes comme ça, du tac au tac moi je dis respect. Taper là où c'est sensé faire mal et voir les mecs se tordrent de douleur et d'effroi avec autant de sincérité, mieux que des footballeurs italiens, moi, je ne résiste pas. Car c'est bien clair : Mahmoud a blasphémé. Oui oui. Ici en Europe ou là-bas aux USA, pareil. Il a touché aux vaches sacrés. Démonté les veaux d'or. Caricaturé les prophètes de la gay pride.
Geste politique, évidemment, lancé aux autres pays musulmans, tribune rêvée. Pointer du doigt les victimocrates de l'occident, toute la bigoterie post-démocratique pour bien faire comprendre aux rescapés du patriarcat version Maghreb ce qui les attend dans le package islam modéré. Mais qu'en retiennent les lumineux médiateux occidentaux, ceux qui courent chercher la baballe en aboyant ? Un manichéisme à la hauteur de leur subtilité. Qui pour l'observateur neutre, s'il en reste, se résume à Obscurantiste contre Obscurantiste. Les Classiques contre les Modernes. Débattre du sexe des homos. Homophiles contre Homophobes. Un extrême en appelle un autre ? Qu'importe ! Vous êtes sommé de choisir votre camp.
Car Mahmoud, en lanceur de baballe expérimenté, n'a pas dit : mort aux fiottes, ou les pédales on les crame. Non, non non. Il a dit que chez lui, ça n'existe pas. Il n'est pas croyant. Et quand bien même il verrait, car je ne pense pas qu'il ignore qu'en Iran aussi ça chauffe dans les backrooms, il verrait donc, deux hommes se rouler une grosse pellasse, se marier, et adopter, chez lui, devant lui, il continuerait à dire, désolé, ça ne prend pas. J'y crois pas à votre truc. Sourire en coin. Il a tout compris des leviers occidentaux. De ses totems et tabous revisités. Ravi de provoquer le néo-calotin à la Yann Barthès. D'entendre hurler les culs-bénits du métissage. De voir s'élever les fourches et les torches des associations gays,bi, trans&lesbiennes. D'admirer les râles des bienpensants asphyxiés par l'odeur du souffre de l'incroyance. De regarder se noyer ces démonteurs de tabous dans leurs propres interdits qu'ils produisent chaque jour en quantité industrielle. On ne pouvait trouver meilleure provocation, meilleur miroir tendu à ceux-là mêmes qui se gargarisent de tolérance, d'égalité, de liberté et d'humour dérangeant. A ceux-là mêmes qui se ridiculisent avec tant d'efforts en n'ayant peur que d'une chose : ne pas penser comme eux-mêmes.
)
)Sally (./5616) :
J'ai rien compris
(pastaper
)
(non mais voilà, y a une transition un peu brutale quand tu lis ce genre de post alors que t'es encore à moitié en train de penser en caml et à moitié en train de décider ce que tu vas manger ce soir
)Nil (./5622) :
Bah ça ne m'étonne pas trop, à un moment donné j'ai même cru que c'était du very(pastaper
)

Concrètement, pour que le sexe, et donc la vulve, devienne socialement acceptable selon les normes (en parler, s'en servir, comparer, s'en vanter ou s'en plaindre) il faut nier son caractère secret (le dévoiler : raser) son caractère violent (son origine animal : le poil) et son unicité relative à celle qui en est la propriétaire (le type pileu). Or la rupture ainsi faite entre une vulve et le corps-l'âge-le visage, donc, la personne, est d'une violence sociale en parfaite adéquation avec toutes les autres formes de violences sociales aujourd'hui en usage : négation des individus, des différences enfants-adultes, de la vie privée. Cette épilation semble aujourd'hui bien répandue depuis qu'elle se fit dans le milieu pornographique américain, ce qui n'est évidemment pas un hasard. Que des hardeuses se fassent prendre de manières de plus en plus grotesques, vulgaires, violentes, sales dans des contextes sociaux de plus en plus inexistants (le fameux gonzo : baise directe dans une chambre d'hôtel avec caméscope, absence de décor, costumes, scénarios, dialogues : corps immédiatement consommés) en même temps qu'elles arborent un sexe de petite fille est ainsi parfaitement logique. La critique souvent faite à la pornographie (de même qu'à la violence filmée, cf articles de PhilippePsy) est qu'elle pervertie les âmes innocentes qui la regardent, ce qui est faux, car d'une part, pour que de telles images trouvent un public, il faut que les consciences aient été préparées, travaillées, rééduquées socialement au préalable, et ensuite parce que ce qui se montre n'est en rien réel, au contraire, cela ne fait que traduire une demande en virtuelle là où il avait du réel qui n'est plus. La chatte rasée ne symbolise donc rien d'autre qu'un hygiénisme lisse et propre pour une consommation optimisée, glissante et sans accro car il n'y a plus de personne, de caractère, auxquels se confronter, à séduire ou à découvrir, pour le meilleur ou pour le pire, en effet. L'individu est devenu un handicap à son propre plaisir, un obstacle risqué, il doit donc s'effacer.