Flanker (./3427) :
Tu trouves intelligent de vouloir maîtriser une ou deux langues étrangères alors qu'on ne maîtrise pas (et très très loin de là) sa propre langue ? Quand une bonne partie des élèves sont incapables de s'exprimer correctement en 1ère, c'est qu'il y a un très grave problème... Sans maîtrise de la langue, tu ne peux rien faire...
Sauf qu'on sait que plus on maîtrise de langues, plus on a des facilités non seulement dans l'apprentissage de nouvelles, mais aussi dans la compréhension de sa propre langue. Dans les "grandes" villes d'Aveyron, par exemple, l'occitan est au programme dès l'âge de 6 ans (il y en a même avant), et l'initiation anglais commence à 8 ou 9 ans (certains n'ont pas accès à cette période d'initiation et rentrent en 6ème avec un petit retard à ce niveau). Le peu que j'ai pu voir ne m'a pas permis de noter un niveau en français inférieur à celui de là où j'étais scolarisé.
Yoshi Noir (./3432) :
Nil (./3424) :
Ca n'a strictement rien à voir. Un prof va voir l'évolution progressivement. Un chercheur en principes d'éducation et d'instruction (si, si, ça existe, je vous assure
) se base sur les contenus des manuels au fil des temps, sur l'accessibilité de l'instruction, sur le niveau final d'éducation à l'aboutissement du cursus, sur des indicateurs globaux, géographiques, sur des périodes de plusieurs décennies, avec des mises en relations sociologiques, politiques, etc. Des choses qu'un prof face à sa classe et avec ses collègues ne voit pas forcément (mais il voit d'autres choses ; le type de rapports entre le monde enseignant et les élèves, les moyens locaux qui sont donnés à l'apprentissage, et bien d'autres choses)
Bah justement c'est ce que je veux montrer ^^
Un chercheur en éducation ne va juste relever que périodiquement l'état général des écoles, tandis qu'un prof voit continuellement l'évolution de l'éducation ^^
Oui, mais un prof n'a pas forcément les éléments nécessaire pour juger efficacement de cette évolution. Il y a peut-être des années creuses (j'ai toujours eu l'impression d'être dans une année creuse, depuis la 6ème jusqu'à ma fin de DUT, et en musique, j'ai même eu l'impression d'être dans une génération creuse, on nous a toujours traité de demeurés, d'incapables notoires, etc.

), des régions plus faibles, des établissements pour lesquels le niveau baisse parce qu'il y a une fuite progressive des bons éléments. Je pense aussi qu'en vieillissant, on perçoit les choses de façon différentes et que le décalage générationnel est de plus en plus marqué. Je comprends que des gens comme mon père, qui sont devant des classes depuis plus de 25 ans, soient déphasés par rapport au monde des ados d'aujourd'hui. Même si les problématiques sont les mêmes, les modes d'affirmation par les ados de celles-ci ont évolués.
Sinon, je pense aussi que les méthodes d'apprentissage vont (si ce n'est aujourd'hui, ça sera dans une dizaine d'années) devoir muter. Jusqu'à il y a encore peu de temps, celui qui brillait était celui qui avait la connaissance. La connaissance, aujourd'hui, est accessible à tout le monde, non seulement parce que les bibliothèques, médiathèques, etc. se sont véritablement démocratisées et (en tout cas pour les grandes villes) implantées au coeur des quartiers les plus populaires (en tout cas, c'est ainsi à Montpellier, peut-être un peu moins à Lyon) mais aussi grâce à la démocratisation d'Internet. L'enjeu n'est plus forcément d'engranger un maximum de connaissance, mais d'apprendre à faire le tri, à savoir aller chercher la donnée et l'information de façon pertinente, intelligente, efficace, de savoir synthétiser, être critique à l'égard de ses sources et ainsi de suite.
Je travaille depuis maintenant 5 ans avec des lycéens (2ndes, 1ères et Tales), pas du tout dans le cadre scolaire (même s'il arrive de faire du soutien scolaire) mais dans des groupes de réflexion. C'est vrai que cette année, pour la première fois, j'ai été violemment frappé par certains défauts de culture de ces jeunes (parfois sur des points qui me paraissent évidents). Mais d'un autre côté, je suis aussi surpris par leur acuité, leur réactivité et leur vivacité que ça soit lorsqu'on parle de l'actualité, de politique, d'analyse de l'image, d'analyse de textes.
Alors effectivement, lorsqu'ils se retrouvent seuls devant une feuille de papier, sans documents de travail, ils doivent être perdus (enfin il y en a tout de même quelques uns qui, probablement encouragés par leurs parents, développent aussi une large culture personnelle). Mais là, il faut se demander quels doivent être les bons outils pour préparer les jeunes à vivre leur avenir. Il est très rare que j'ai à utiliser, dans mon espace professionnel, des connaissances brutes (hors les connaissances spécifiques à mon domaine d'application, et encore, j'en ai acquis la majorité par auto formation après que l'IUT m'ait enseigné une méthode de travail et non une technologie particulière). Je le vis encore plus en musique où, alors qu'en France on a prodigué pendant des années un apprentissage très technique et rébarbatif, une grande prise de conscience s'est faite dans le courant des années 90 avec une transformation des outils pédagogiques. Il est certain que les musiciens d'aujourd'hui sont, à année d'études égales, techniquement en dessous de ce qui se faisait il y a une vingtaine d'années. Mais ils sont plus passionnés, sont curieux d'univers sonores qui n'étaient pas présentés auparavant dans l'enseignement, et ce n'est qu'à partir du moment où il y a un réel plaisir à faire de la musique que l'aspect technique se met en place. Les enjeux changent, les méthodes se muent.
Bien entendu, une méthode basée uniquement sur l'éveil à la curiosité ne peut fonctionner correctement. Il va de soi qu'elle doit être accompagnée par des méthodes plus classiques pour asseoir les acquis. Mais même à ce niveau, il y a (à mon sens) énormément de travaux à faire.
J'ai deux exemples tout cons qui m'ont énormément porté préjudice dans ma scolarité :
- l'appellation, en mécanique, d'un "moment"... ça devait être évident pour mon prof de 1ère, mais pour moi non, il m'a fallu 1 an et demi avant qu'un redoublant (qui avait eu un autre prof) ne me donne la bonne explication. Quand on a entre 4 et 6h de méca par semaine, c'est un peu handicapant

- les façons d'aborder l'exercice de dissertation. Autant en français, ça a été évident pour moi (probablement parce que c'était une discipline qui me parlait vraiment, mais je n'ose imaginer la détresse des moins littéraires d'entre nous), autant en philo, je n'ai rien compris, il a fallu que j'attende l'âge de 24 ans pour avoir une révélation. Dans ces conditions, difficile de ne pas paraître crétin aux yeux des profs...
Bon, on s'est éloignés du débat politique, mais je trouve le sujet intéressant, donc perso, ça ne me dérange pas ^^