Zerosquare (./1876) :
pratiquement personne ne va trouver plus beau une personne à la peau sale et boutonneuse que la même personne avec une peau propre et nette, par exemple. Il y a d'autres critères assez universels comme la symétrie du visage.
Je ne suis pas d'accord avec ça pour deux raisons, en fait (même si j'en comprends tout à fait l'idée) :
- Il y a des gens (qui ne sont pas une majorité, mais qui ne sont pas non plus une totale exception) qui, sans trouver les personnes boutonneuses belles, ont une forme d'attraction pour ça (je me souviens d'un stage de musique où une nana - plutôt très mignonne, d'ailleurs - avait dit qu'elle adorait les mecs avec les boutons parce qu'elle adorait les éclater... au bout de 2 minutes, un petit paquet de personnes avait admis honteusement que c'était le cas... il y a même eu une séance d'éclatages de boutons #trash# #gore# #payetonfetish#).
- Il y a dans la netteté et la pureté quelque chose qui peut donner une impression de malaise (cf. la peau des robots et l'uncanny valley). On va pouvoir trouver la personne plus belle jusqu'à un certain point, mais s'il n'y a plus aucune impureté, il pourra y avoir une forme de rejet.
Quant à la symétrie du visage, là aussi, c'est à la fois vrai et faux : si elle est trop parfaite, la personne ne fera plus naturelle. Et les défauts font partie du charme (Laëtitia Casta, par exemple, est une belle femme, et sa dent bizarre fait partie de ce qui la rend belle).
Cela dit, ça pose une autre question : dans un monde où il n'y aurait que des boutonneux (et des modèles boutonneux), est-ce que le bouton serait synonyme de rejet ? (vous avez 4h, les calculatrices sont interdites

)
J'en profite aussi pour dire que la beauté physique est un critère d'attraction qui peut être totalement secondaire (voire inexistant) ; il y a beaucoup de personnes qui considèrent comme sapiosexuelles, par exemple.
Zerosquare (./1876) :
Et tous les parents trouvent que leurs enfants sont beaux, mais ça n'est pas représentatif de l'avis de la majorité. Des exemples isolés n'ont que peu d'intérêt en socio.
- Le fait que tous les parents trouvent leurs enfants beaux font que c'est un comportement représentatif.
- Les exemples isolés sont parfois (souvent) étudiés en socio (il y a trois niveaux d'observation, en socio, qui ont tous des biais ; l'observation microscopique - une seule personne ou une poignée de personnes - donne des informations cruciales... faudrait que je retrouve mon cours de socio de l'an dernier, si ça intéresse quelqu'un).
Zerosquare (./1876) :
Nil (./1875) :
je trouve non seulement intéressant - mais aussi salutaire - de nous demander pour quelles raisons on n'aime pas tel ou tel type de physique. Ça aide à déconstruire certains paradigmes sociaux (même si ce n'est pas magique) et, bien que ça ne soit pas on plus la panacée, ça permet d'être un tout petit peu plus ouvert à la différence et à des beautés qu'on n'aurait pas su reconnaître.
La question est intéressante. Mais la formulation est maladroite, voire tendancieuse : ça laisse sous-entendre que ne pas voir la beauté est un défaut qu'on doit corriger (les termes ne sont pas neutres : "ouvert à la différence", "qu'on n'aurait pas su reconnaître") - ce qui est contradictoire avec ton affirmation que la beauté n'est pas rationnelle, d'ailleurs. Et ça introduit un fond de culpabilisation morale là où il n'a rien à faire.
La formulation est volontairement tendancieuse, je plaide coupable ^^ En fait, ce n'est pas "ne pas voir la beauté" qui est un défaut (à mes yeux). C'est adopter un comportement où on va juger l'autre (avec, souvent, un impact qui pourra être non négligeable sur sa position dans un microcosme ou un macrocosme social) sans se demander si on fait bien de le juger ainsi (je parlais de beauté et de différence, mais c'est en réalité plus large que ça : ça peut être des philosophies, des choix éducatifs, etc.). Ce qui peut donner l'impression que je relativise tout (ce qui peut être vrai) pour tout mettre au même niveau (ce qui est absolument faux), alors que je cherche juste (et encore, pas tout le temps) à démonter ce que je considère être comme des réflexes d'observation qui sont néfastes pour les autres, parce qu'ils les enferment dans des cases avec une certaine inéluctabilité.
Je pense que si j'agis ainsi (#3615psycho) c'est parce que j'ai été victime de ça : on m'a souvent étiqueté ceci ou cela, ce qui a pu me faire devenir à force ceci ou cela malgré moi (soit parce que c'était la seule image qui m'était renvoyée de moi, soit pour prouver aux autres que je pouvais être heureux en étant quelque chose qu'ils rejetaient).
Je suis conscient qu'on est façonné autant par soi même que par le regard des autres, et je ne remets pas ça en cause. Ma philosophie, c'est qu'en tant que l'autre de quelqu'un, il est de mon devoir moral (et oui, il y a bien une dimension morale) de ne pas l'enfermer dans un regard.
Zerosquare (./1876) :
Et puis ce discours ressemble à celui des artistes contemporains qui t'expliquent avec suffisance que si leur œuvre est considérée comme moche et sans intérêt par la majorité des gens, c'est parce que le public n'est pas éduqué à l'art, qu'il ne comprend pas leur talent, qu'il n'a pas l'esprit ouvert, etc. Sans se demander si, finalement, ce n'est pas leur notion de la beauté à eux qui est à côté de la plaque. Et que si la beauté est partout, ça veut dire aussi qu'elle n'est nulle part.
J'ai failli en parler, lorsque j'ai dit que le beau n'était pas synonyme d'agréable. La beauté est partout, j'en suis persuadé (et ce n'est pas moi qui le dis, c'est la base de l'esthétique). Parce que la beauté (un peu comme la physique quantique, en fait

) naît d'une observation consciente. Si je prends l'exemple du [url=https://www.youtube.com/watch?v=HilGthRhwP8][Thrène pour les victimes d'Hiroshima], moi je trouve ça beau (mais aussi atroce, violent, puissant). Mais je peux comprendre que d'autres trouvent ça juste moche. Tout comme Hippo va voir de la beauté dans une suite numérique, ou Flan dans un empennage d'avion militaire.
Zerosquare (./1876) :
Euh... bienvenue dans la vraie vie ? 
Oh, ne t'inquiète pas, j'y suis bien, dans la vraie vie ^^
Zerosquare (./1876) :
Et si tu savais le temps que ça m'a pris de rédiger ce post, tu ne dirais pas qu'il n'y a personne qui veut débattre honnêtement sur yN 

et merci

Zerosquare (./1876) :
Tu peux refuser de le voir, passer ta vie à espérer ce qui n'arrivera pas, te prendre déconvenue sur déconvenue jusqu'à être désabusé.
Tu peux t'en offusquer, et vouloir empêcher les gens de le faire. Si tu as du pouvoir, tu auras obtenu une société de personnes hypocrites, apeurées et/ou névrosées par la culpabilisation. Si tu n'en as pas, tu n'arriveras qu'à agacer et tu finiras aigri.
Tu peux l'accepter et faire avec. Après tout le jugement des autres n'a de valeur que celle qu'on veut bien lui accorder, et mettre en valeur ses points forts est plus efficace que de complexer sur ses points faibles.
En fait, je me place dans un autre état d'esprit (ce qui fait que je trouve souvent que le point Nil est souvent mal utilisé, mais c'est pas grave

) : je trouve ça dommage et je pense que ce n'est pas parce que "tout le monde fait comme ça et c'est la vraie vie" que je dois faire de même. Ça crée des souffrances (gros, boutonneux, petits, maigres, handicapés, homos, transgenres, intellos, geeks [avant que ce ne soit devenu hype, évidemment

]).
L'objectif n'est pas d'avoir une société d'hypocrites : on peut avoir des goûts (je n'aime pas les tatouages, j'ai énormément de mal avec la maigreur, et certaines formes d'obésité me rendent vraiment mal à l'aise), et on doit même pouvoir communiquer sur ceux-ci de façon saine (rien n'est pire qu'une situation où tu dis à une personne "je te trouve belle" alors que tu ne le penses pas). Mais ça fait *vraiment* la différence de dire "je ne te trouve pas belle" (et c'est aussi très instructif sur soi-même de comprendre pourquoi on ne trouve pas cette personne belle) et "t'es moche". Et on peut toujours dire "oui mais c'est évident, je ne vais pas le dire à chaque fois". Sauf que pour la personne qui en souffre, même si c'est évident, ça reste une stigmatisation et une généralisation (et on a une langue riche qui permet de clarifier sa pensée, alors autant en profiter !).